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Activités, travaux d'élèves, voyages, ressources pédagogiques... Un blog à destination des élèves et des enseignants.

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La copie de M. Le Peut

Une autre copie de professeur ici


  UN CONTE DE FÉES DE NOS CITÉS


 

L’INVRAISEMBLABLE HISTOIRE D’ALI ET D’AICHA,

L’ENFANT DE SOUS LE PONT

 

C'est une histoire incroyable comme il n'en arrive, croit-on, que dans les contes de fées. Une histoire terrible et qui, pourtant, dégage une émotion extraordinaire.

L'homme que nous appellerons Ali (mais ce n'est pas son vrai nom) est bien connu dans son quartier (dont nous tairons aussi le nom, de peur de bouleverser cet invraisemblable conte de fées), où il est « estrassier ». L'estrassier, c'est un chiffonnier : c'est de la vente de tous les objets que nous jetons, nous les gens « normaux », dans nos poubelles que vit Ali depuis si longtemps qu'il ne s'en souvient plus lui-même. La vie n'a jamais été facile pour Ali, qui furète la nuit pour revendre le jour, à la sauvette, à son réseau d'« habitués » ou à des commerçants qui, parfois, acceptent de lui prendre sa marchandise. Tout était bien réglé, cependant, dans cette vie en marge de la nôtre.

Et puis un jour, un événement extraordinaire bouleversa la vie d'Ali. Dans la tente où il vivait, sous le pont, entre la route et le canal, l'estrassier découvrit... un bébé !

Une petite fille, jolie comme un personnage de conte, « fragile et légère comme une poupée », se souvient Ali avec ce regard de l'homme usé qui plonge encore, pourtant, dans un rêve dont il a seul la clé.

« J'en étais baba », dit Ali. « Avec Cendrillon, on n'en revenait pas ! » Cendrillon, c'est le chat d'Ali ; un chat gris, méfiant mais affectueux, qui partage avec l'estrassier cette histoire insolite que nos immeubles ont vue se dérouler durant des années, sans que personne, non, personne, se rende vraiment compte de ce qui arrivait. Ce bébé, Ali n'a jamais su d'où il était venu : un jour il fut là, c'est tout, et l'homme comme le chat l'adoptèrent comme un présent du ciel. Que pouvait bien faire Ali ? S'adresser à la police, aux services sociaux ? Déposer le bébé quelque part ? Bien sûr, il y songea. Mais comment abandonner cette poupée si fragile, qui lui ouvrait les bras et semblait lui sourire en babillant ? Alors Ali la garda, et, avec Cendrillon, il l'éleva.

Ce ne fut jamais facile. Quoi ! un estrassier, faisant la nuit la tournée des poubelles et le jour la chasse au client, vivant sous un pont, n'ayant aucune famille en dehors de son chat ! Comment pouvait-il s'occuper d'un bébé ? Il le fit, pourtant, et avec un résultat qui étonne, bouleverse, suscite l'incrédulité et la colère, aussi, car il le fit avec un amour et une dévotion dont bien des parents « normaux » sont manifestement incapables.

« J'ai dû changer », se rappelle Ali, dont les cheveux gris et la barbe en broussaille s'accordent avec le pelage cendré de Cendrillon. « D'abord, je n'avais rien pour m'occuper d'un bébé. Il a fallu que je cherche, dans mes tournées, des choses qu'avant je vendais ou dont je ne faisais rien. Au début, j'utilisais un sac plastique pour faire boire la petite, mais ce n'était pas pratique. Et puis j'ai trouvé un beau biberon, encore tout neuf. Je l'ai nettoyé, bien sûr, à l'eau bouillante, parce que je ne voulais pas qu'elle attrape des microbes. » De petites histoires comme celle-là, il en a beaucoup à raconter, Ali. On ne l'arrête plus, quand il est parti. On oublie même qu'il vit sous un pont et que c'est là qu'il a élevé son « enfant de sous le pont »...

Sa vie a changé, en effet. Pas seulement parce qu'il portait une attention différente aux objets qu'il trouvait, mais plus profondément. Car il lui fallait adapter sa tournée à l'enfant : ne pas la réveiller, respecter les heures de repas, la rassurer quand elle se réveillait brusquement au milieu des poubelles, dans des endroits plus ou moins recommandables.

C'est à cause des exigences nouvelles de la « paternité » qu'Ali se rapprocha peu à peu de Mireille, une chiffonnière comme lui, qui vivait dans un terrain vague de l'autre côté du canal. Mireille ne tarda pas à s'attacher au bébé, et Ali, prudent d'abord, car il ne voulait pas perdre cette enfant tombée du ciel, accepta enfin l'aide de Mireille : ils mirent bientôt en commun leurs efforts, l'un gardant le bébé pendant que l'autre faisait la tournée des poubelles. Ali et Mireille gardaient chacun son chez-soi mais ils en vinrent à se voir tous les jours et - on le sent bien en écoutant parler l'estrassier - à s'apprécier.

Imperceptiblement, au fil des mois puis des années, Ali se surprit à faire plus attention à lui-même : il prenait soin de se raser la barbe régulièrement, pour ne pas irriter la peau du bébé, pour ne pas l'effrayer à mesure qu'elle grandissait, pour ne pas exposer l'enfant, aussi, à toutes ces bestioles que la crasse et la broussaille attiraient dans sa barbe dure. Et puis, n'est-ce pas, il y avait Mireille... « Je me suis même mis à porter un petit noeud-papillon que j'avais trouvé une nuit », m'a raconté Ali, comme s'il avouait une coupable coquetterie.

Mais la tâche ne fut jamais facile. Il l'aimait, sa petite poupée. Aïcha, c'est ainsi qu'il l'avait appelée, « parce que ça finissait comme chat, et puis ça lui allait très bien. » Le chat, d'ailleurs, s'était pris d'affection pour l'enfant, lui aussi : la nuit, souvent, il se blottissait contre lui et lui tenait chaud. Pourtant, même si la petite poupée ne manqua pas d'amour, Ali n'était jamais tranquille : il se cachait, redoutant d'attirer l'attention de la police ou d'être dénoncé aux services sociaux, qui lui enlèveraient l'enfant. Alors il était fier de sa petite Aïcha, Ali, mais il n'en parlait pas trop. Quand elle fut assez grande pour vouloir jouer avec d'autres enfants, il s'inquiétait car il craignait qu'elle ne prît conscience du caractère bien inhabituel de son existence. Que lui disait-il lorsqu'elle lui demandait où étaient ses parents ? si elle avait une mère, elle aussi, « comme les autres enfants » ? Ali déployait des ruses de soldat pour la protéger, éviter les questions, détourner la curiosité des gens, mais aussi pour la rendre heureuse, sa petite Aïcha, son « enfant de sous le pont », sa petite poupée vivante, qui grandissait et devenait si belle.

Aujourd'hui, il est bien loin, le temps où Ali réparait la roue voilée de sa poussette-landau pour en faire de nouveau un « véhicule pour bébé », un cocon d'amour pour sa petite enfant du ciel. Aïcha est devenue grande, et vous savez quoi? Elle vient d'entrer en Sixième. Oui, en Sixième. Aïcha, l'enfant de sous le pont, la petite Aïcha qui a appris à lire avec son papa estrassier dans des livres que les autres enfants avaient jetés, qui ne s'est toujours habillée qu'avec des vêtements dont les enfants « normaux » ne voulaient plus, Aïcha, l'enfant du ciel, est maintenant inscrite dans un collège, « comme tous les autres enfants ».

Il aura fallu pour cela toute la combativité et la dévotion de l'association Donnons une Chance aux Enfants, qui après avoir découvert l'existence d'Aïcha et d'Ali s'est fixé pour objectif d'insérer l'enfant dans la « vraie vie », tout en permettant à son « papa » de la garder. Ce n'a pas été facile, il reste encore beaucoup de combats à mener, mais pour l'instant Ali et Aïcha sont toujours ensemble et leur histoire n'est plus seulement un conte de fées.

Ne laissons pas la froide et insensible administration les séparer. C'est aussi pour cela qu'il fallait raconter leur histoire.

J. P. 

[ Comme Mme Wattelet, M. Le Peut a voulu se prêter au jeu et composer pendant l'épreuve. Las ! ses ouailles sont toutes parties une demi-heure avant la fin et il n'a pas eu le temps de terminer son travail ! Les trois quarts de son histoire ont donc été rédigés pendant la première heure de l'épreuve, mais le dernier quart un peu plus tard. Mieux vaut donc considérer que la totalité du devoir n'aurait pas pu être mise au propre dans l'heure et demie que durait l'épreuve. La première demi-heure de son temps, au début de l'épreuve, a été employée à mettre au brouillon les idées qui seraient ensuite utilisées dans la copie. Pour voir son brouillon, cliquez ici. ]

 

 

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