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La vie de Périclès

 Le texte qui suit est un résumé de la Vie de Périclès de Plutarque,
établi d'après l'édition Quarto Gallimard des Vies parallèles, sous la direction de François Hartog.



LES JEUNES ANNEES

 

Périclès est membre de la tribu Acamantis (ou tribu des Acamantides), dans le dème de Cholarges. Son père Xanthippos fut vainqueur des Perses à Mycale en 479. Quant à sa mère Agaristè, elle était la petite-fille de Clisthène (ou la nièce, selon Hérodote). Avant la naissance de Périclès, elle fit, dit-on, un songe, dans lequel elle accouchait d’un lion. Brillant présage pour le fils qui allait naître.

Ce fils, dit-on aussi, avait la tête très longue (l’information se trouve aussi chez Hérodote), ce qui lui vaudra plus tard, de la part des poètes comiques, le surnom de « tête d’oignon » (schinocéphale, schinos signifiant oignon).

L’enfance de Périclès profite de l’enseignement de plusieurs « maîtres ». De Damon, il apprend la musique (encore qu’Aristote attribue cette influence à Pythocleides). De Zénon d’Elée, la philosophie. Et d’Anaxagore de Clazomènes une certaine rigueur dans sa tenue et son comportement. Périclès en effet passe pour être un homme calme, au langage châtié, toujours décent dans sa tenue vestimentaire et ne cédant jamais à la tentation du rire. Un portrait, toutefois, que ne confirme pas le poète Ion, pour qui Périclès est au contraire hautain, orgueilleux jusqu’au mépris.

D’Anaxagore, Périclès apprend aussi l’étude de la nature, dont il retire une grande prudence dans l’interprétation des signes, résistant aux superstitions auxquelles s’abandonnent parfois ses contemporains.

Durant ses jeunes années, Périclès se tient éloigné de la politique. Peut-être est-ce la peur de l’ostracisme qui lui dicte cette prudence. Son père, en effet, fut ostracisé en 484 à l’instigation de Cimon, fils de Miltiade, le glorieux vainqueur des Perses à Marathon, que Xanthippos avait fait comparaître devant le peuple en l’accusant d’avoir trompé la confiance des Athéniens. Miltiade était mort peu de temps après et c’est son fils Cimon, avec ses amis du parti aristocratique, qui avait obtenu en 484 l’exil de Xanthippos, alors chef du parti démocratique. Certes, l’exil n’avait pas duré dix ans, comme le prévoyait la loi athénienne, puisque Xanthippos avait été rappelé pour contenir les Perses en 479 ; mais il laissait une empreinte sensible dans la mémoire de Périclès. En outre, certains trouvaient au jeune Périclès une ressemblance physique troublante avec Pisistrate, le tyran, ressemblance dont ils tiraient une grande méfiance à l’égard du fils de Xanthippos, soupçonné de vouloir marcher sur les traces du tyran.

 

 

PERICLES ET LE PARTI ARISTOCRATIQUE

 

Ce n’est qu’après l’ostracisme de Thémistocle, en 471, puis la mort d’Aristide, en 467, que Périclès entre dans l’arène politique. Cimon est alors à la tête des aristocrates, et naturellement Périclès porte son intérêt sur le peuple. Moins riche que Cimon, qui dispense des cadeaux et ouvre au peuple l’accès à ses vergers, Périclès commence par flatter le peuple, dont il cherche les suffrages.

On loue, alors, la tempérance de Périclès, qui ne se montre jamais dans les fêtes ni les banquets, ne dîne même jamais chez des amis. Parvenu au pouvoir, il continuera de se montrer d’une grande discrétion, refusant d’attirer sur lui l’attention et se gardant de toute action susceptible d’alimenter les racontars.

Périclès est, dit-on, d’une grande éloquence ; pourtant, il n’a laissé aucun écrit, si ce n’est les décrets qu’il a fait voter. Cette éloquence lui vaut, peut-être, le surnom d’Olympien, mais elle alimente aussi les moqueries des poètes comiques, qui voient en lui un homme capable de convaincre n’importe qui de n’importe quoi, par la seule force de sa parole. Du reste, ce surnom d’Olympien est aussi interprété comme le signe de son arrogance, et il peut tout aussi bien lui avoir été donné pour avoir orné de monuments la cité, ou en raison de la puissance politique et militaire qu’il acquiert dans l’exercice du pouvoir.

Toujours est-il que, pour rivaliser avec Cimon, Périclès commence très tôt à distribuer les biens publics, créant par exemple des indemnités pour assister aux représentations théâtrales ou pour être juré. Il s’oppose aussi au tribunal de l’Aréopage, symbole du pouvoir des groupes aristocratiques, qu’Ephialtès prive de juridictions désormais attribuées aux tribunaux populaires. Enfin, en 461, Périclès obtient l’ostracisme de Cimon, accusé de soutenir Sparte. Il le rappellera, pourtant, sur l’insistance des Athéniens, pour conclure la paix de 451, avec Sparte précisément, après l’invasion de Tanagra en 457.

La mort de Cimon en 450, pendant une expédition contre Chypre, ne laisse pas Périclès sans adversaire. C’est Thucydide, sans doute le neveu de Cimon, qui devient le nouveau « champion » des aristocrates. L’affrontement de ce Thucydide et de Périclès accentuera bientôt la fracture, à Athènes, entre le peuple et les oligarques.

Thucydide, en effet, attaque avec vigueur Périclès sur ses largesses à l’égard du peuple, largesses fondées sur les biens publics. De fait, Périclès finance par ce moyen nombre de spectacles, banquets et processions, mais il établit également un salaire pour les citoyens qui naviguent huit mois de l’année, tant pour apprendre la navigation que pour surveiller les mers et collecter les tributs en retard des cités alliées. Il fonde en outre de nouvelles clérouquies et des colonies, fait construire de nouveaux monuments sacrés. La polémique ne se limite pas à Athènes : lorsque, en 452-451, le trésor de la Ligue est déplacé de Délos à Athènes, et que celle-ci se couvre de monuments, les alliés eux-mêmes s’indignent de ce que l’argent versé pour leur protection commune soit ainsi employé à embellir la seule cité d’Athènes. Face à ces attaques, relayées à Athènes par Thucydide, Périclès justifie pourtant cet usage du bien commun par la protection qu’Athènes offre aux autres cités, fournissant elle-même navires et soldats. Sans compter le travail que ces réalisations apportent à un grand nombre de citoyens. Ce ne sont pas seulement les marins qui touchent un salaire, ou les soldats en campagne, désormais ce sont aussi les artisans, des gens de tout âge, qui participent à l’embellissement de la cité et à l’exaltation de la déesse Athéna, qui la protège. C’est l’époque, en effet, où Périclès fait voter le financement, par les fonds publics, des grands travaux de l’Acropole, dont il confie la supervision à son ami personnel Phidias. L’époque, aussi, où il organise le premier concours musical aux Panathénées.

Attaqué par Thucydide, Périclès propose de prendre à son compte toutes ces dépenses, si c’est ce que veut le peuple : à quoi le peuple répond par la négative. C’est en définitive Périclès qui remporte la bataille contre Thucydide, ostracisé en 443. Privés de leur chef, les oligarques ne se relèveront pas avant longtemps de cette défaite.

 

 

PERICLES, STRATEGE EXCEPTIONNEL

 

La disparition de Thucydide de la scène politique athénienne laisse le champ libre à Périclès. Réélu stratège chaque année durant quinze ans, il restera finalement au pouvoir durant quarante ans, situation tout à fait exceptionnelle à Athènes. Certains voient de l’aristocratisme dans sa manière de diriger le peuple, une sorte de prééminence royale, et de fait Périclès n’est pas toujours souple avec le peuple. Pourtant, c’est du bien de la cité et non de son enrichissement personnel qu’il fait sa priorité.

Stratège prudent, guidé par le bon sens, il établit des colons et des fortifications en Chersonèse, décide une expédition navale dans le Péloponnèse, intervient au Pont-Euxin ; mais il ne se laisse pas entraîner dans de folles aventures dont rêvent certains, en Egypte, vers la Sicile, ou carrément l’Etrurie et Carthage. Il préfère consolider les conquêtes déjà acquises et conserver à Athènes les forces de la cité.

Lorsque Eubée fait sécession et que Mégare se soulève, Pleistonax, le roi de Sparte, est aux portes de l’Attique ; mais c’est par la négociation que Périclès écarte le danger : soudoyé par le stratège, Pleistonax retourne chez lui. Avec Sparte, Périclès signe une paix de trente ans en 446-445.

C’est à cette époque que Périclès intervient à Samos. La cité dispute à Milet la possession de Priène. Milet, ayant le dessous, appelle-t-elle Athènes à son secours ? Ou est-ce sa maîtresse Aspasie, native de Milet, qui intercède auprès de Périclès pour qu’il se lance dans l’expédition de Samos ? Aspasie, fille d’Axiochos, qui reçoit en sa maison les amis de Périclès, Socrate et ses disciples, qui forme des hétaïres pour le plaisir des Athéniens, Aspasie la « scandaleuse », avec laquelle Périclès s’affiche et qu’il veut même épouser, donnant pour cela sa propre femme, mère de ses deux fils Xanthippos et Paralos, à un autre homme, par consentement mutuel.

Toujours est-il que Samos refuse l’arbitrage d’Athènes, qui y installe alors un régime démocratique et écrase le soulèvement des Samiens lors de la bataille de Tragiaï. De nouveau Samos se rebelle, pourtant, et écrase à son tour la flotte grecque, disputant à Athènes le contrôle des mers. Huit mois durant, Périclès fait le siège de la cité, qu’il soumet finalement en 443 et condamne à verser de lourdes amendes et à remettre des otages.

Dix ans plus tard, l’expédition de Corcyre, en guerre contre Corinthe, attise les braises de la guerre qui couve entre Athènes et le Péloponnèse. Les rumeurs de guerre sont alors insistantes, certains la disent même inévitable. En prenant le parti de Corcyre, Athènes provoque le mécontentement de Corinthe, mais de semblables interventions suscitent également la colère de Mégare, d’Egine et de Potidée. Contre les Mégariens, Périclès édite un décret leur refusant l’accès aux marchés de l’Attique, décret qu’il refuse d’abroger même lorsque Mégare fait intervenir Sparte. Est-ce fierté de la part de Périclès, est-ce arrogance ? Ou est-ce calcul ?

Périclès, en effet, est alors visé, indirectement, par plusieurs procès intentés contre ses amis. Aspasie et Anaxagore sont tous deux accusés d’impiété : Périclès obtient la grâce de la première en ne ménageant pas ses larmes devant le peuple, ce qui lui vaut de sévères critiques, et il fait quitter la cité au second afin de lui épargner le procès. Phidias, lui aussi, est accusé. Ménon, manipulé, dit-on, par des citoyens jaloux de Phidias, accuse ce dernier d’avoir détourné une partie de l’or destiné à la statue d’Athéna Parthénos ; mais Phidias a conçu la statue de telle manière que l’or peut en être détaché, et pesé : il est bientôt exonéré de l’accusation. Un autre procès lui est pourtant intenté, pour impiété : cette fois, on lui reproche de s’être représenté lui-même sur le bouclier d’Athéna, et d’y avoir représenté Périclès luttant contre les Amazones. De ce second procès le sculpteur ne s’affranchira pas : condamné à la prison, il y mourra, certains diront de maladie, d’autres empoisonné par les ennemis de Périclès.

La situation de ce dernier est donc délicate alors que la menace de guerre se fait pressante. Aussi se demande-t-on si ce n’est pas pour détourner l’attention du peuple de ces procès, et pour se rendre de nouveau indispensable, que Périclès a, en refusant d’abroger le décret contre les Mégariens, attisé la discorde avec Sparte et ses alliés.

 

 

LA GUERRE

 

Lorsque les Lacédémoniens et les Béotiens envahissent l’Attique, l’attitude de Périclès lui vaut de vifs reproches. Il refuse en effet le combat, fait venir à l’intérieur des murs les gens de la campagne et ferme la cité. Il faut accepter, dit-il, la perte des terres, et se replier sur la cité et l’accès à la mer, protégés par les Longs Murs. Il envoie d’ailleurs cent navires contre le Péloponnèse. Mais les Athéniens sont mécontents : lorsque la peste se déclare dans la cité, ils accusent Périclès d’en être responsable, en raison de l’entassement de tant de gens à l’intérieur des murs, dans des conditions d’hygiène déplorables. Périclès envoie de nouveau cent cinquante navires contre l’ennemi mais la peste, encore, fait échouer cette expédition. Périclès est alors privé de son commandement et condamné à une amende.

Ecarté du pouvoir, il se replie chez lui, frappé dans son propre sang : ses deux fils ont été emportés par la maladie. Xanthippos s’était déjà éloigné de lui, le calomniant dans tout Athènes. Mais la peine est trop grande, et Périclès refuse de se mêler désormais à la vie politique.

Il faudra, semble-t-il, la force de conviction du jeune Alcibiade pour le pousser à sortir de cette retraite et accepter de nouveau l’honneur de la stratégie. Périclès abroge alors son propre décret sur les bâtards – par lequel n’était citoyen athénien qu’un enfant né d’un père citoyen et d’une mère fille de citoyen – afin que le fils illégitime qu’il a eu avec Aspasie puisse être citoyen athénien. Ce Périclès le Jeune participera plus tard à la bataille des Arginuses, en 406, et sera condamné à mort, bien que vainqueur, pour n’avoir pas recueilli les naufragés des navires coulés, à cause d’une tempête.

Périclès, le père, meurt de la peste en 429, à soixante-cinq ans.

Après lui (écrit Plutarque, comme Thucydide et nombre d’écrivains du IVème siècle), la démocratie ne cesse de décliner.

TLP, 4 octobre 2009 (15 h - 17 h)

Lire aussi :
le compte rendu de Périclès, l'apogée d'Athènes de Pierre Brulé
le compte rendu de Histoire d'une démocratie : Athènes, chapitre 2 : "Le siècle de Périclès" de Claude Mossé
le compte rendu de Lord Elgin, l'homme qui s'empara des marbres du Parthénon de William St. Clair


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