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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 18:06

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Ce texte est le compte rendu du chapitre 2 du livre de Claude Mossé Histoire d'une démocratie : Athènes,
chapitre intitulé "Le 'siècle' de Périclès".

Table des matières
Chapitre 1 : la conquête de la démocratie : de Solon à Périclès


LE ROLE DU DÈMOS

 

Le dèmos, le peuple, est souverain à Athènes, mais cette souveraineté s’exerce à l’intérieur de certaines limites.

C’est de l’époque de Périclès que date l’établissement de certaines de ces limites. Par exemple, les règles strictes concernant l’ordre du jour et la périodicité des séances de l’Assemblée ; le mode d’introduction des projets de décrets ; la procédure de discussion et d’adoption de ces décrets ; les attributions de la boulè (Conseil) des Cinq Cents, et en particulier le contrôle des magistrats à leur entrée en charge (dokimasie) et à leur sortie de charge.

On observe au temps de Périclès un relatif équilibre social, alors même que la population augmente.

L’augmentation du nombre de citoyens était certainement un problème. Depuis les réformes de Clisthène, à la fin du VIe siècle (508), l’intégration des étrangers à la cité est plus facile. C’est sans doute pour cela que Périclès fait adopter en 451 un décret stipulant que seuls les enfants nés de père et de mère citoyens peuvent être eux-mêmes citoyens ; son but est de limiter le nombre de citoyens et non de préserver une quelconque « pureté de race ».

L’équilibre social ne peut s’expliquer seulement par l’établissement de clérouquies (colonies militaires fondées à l’extérieur d’Athènes, et où sont envoyés des citoyens pauvres à qui est attribué un lopin de terre ; on estime à dix mille le nombre d’Athéniens ainsi établis par Périclès dans des clérouquies ou dans des colonies) et le développement de l’artisanat (on n’estime pas à plus de quatre cents le nombre de potiers présents à Athènes au Vè siècle). Quant aux mines, la main d’œuvre qu’elles emploient est essentiellement servile (c’est-à-dire constituée d’esclaves). Et pour ce qui est du commerce, il est essentiellement placé entre les mains d’étrangers métèques ou de passage ; il n’y a pas de classe marchande athénienne.

Le décret de fondation de la colonie de Bréa indique que les colons étaient des zeugites et des thètes, les deux dernières classes de la société athénienne. Mais les zeugites possèdent quelque bien : la fondation de colonies, comme celle de clérouquies, ne concerne donc pas seulement les citoyens « pauvres », sans bien. Elle n’est pas seulement un moyen de résoudre les difficultés sociales d’Athènes en « soulageant » la cité de ses citoyens les plus pauvres. Elle s’inscrit dans un programme d’ensemble, à la fois politique et militaire.

L’élément essentiel de cet équilibre social est sans doute l’empire d’Athènes sur la mer Egée.

 

L’EMPIRE D’ATHENES

 

Selon Aristote, dans sa Constitution d’Athènes, vingt mille hommes vivent de l’Empire. Ce sont les « fonctionnaires » qui assurent la bonne marche de cet empire, et de manière plus générale tous ceux qui perçoivent un misthos, une indemnité payée par la cité. Ceux-ci sont :

- les clérouques

- les colons

- les hommes de garnison

- les rameurs et les soldats qui, pendant huit mois de l’année, surveillent le trafic maritime, perçoivent les tributs en retard et font la police des mers, et perçoivent pour cela une solde quotidienne

- les juges chargés de régler les différends entre les Athéniens et leurs alliés

- les inspecteurs en tous genres veillant à l’application des décisions communes.

 

C’est l’argent de l’empire qui finance les travaux de l’Acropole, sous prétexte que ses monuments ont été détruits par les Perses pendant la guerre commune.

L’empire permet aussi l’approvisionnement en grains d’Athènes, dont au moins la moitié du blé est importée d’Eubée, de Thrace et d’Egypte, ainsi que des cités grecques du Bosphore et des royaumes semi-hellénisés des rives nord de la mer Noire.

Aussi est-il essentiel pour Athènes de maintenir cet empire, au besoin par la force. Des expéditions punitives sont ainsi décidées contre les Chalcidiens, ou les gens de Samos, qui se rebellent contre l’hégémonie d’Athènes. Les alliés eux-mêmes contribuent à ces expéditions punitives en versant le tribut et en envoyant des contingents. Peu à peu, donc – comme l’observe Thucydide -, le statut des alliés évolue vers celui de sujets d’Athènes. Non seulement les alliés doivent accepter la présence de garnisons athéniennes, mais aussi celle d’inspecteurs (episcopoi) chargés de trancher les différends nés de l’application des traités, et parfois mlême celle d’un archonte, c’est-à-dire un « gouverneur » athénien. Ils sont contraints en outre de porter devant des juges athéniens les différends qui les opposent, et d’adopter les poids et mesures, mais surtout la monnaie, d’Athènes. Eubée et Egine, deux alliés dont la monnaie pouvait rivaliser avec celle d’Athènes, sont l’une écrasée l’autre soumise par Athènes. Cette dernière est évidemment avantagée par toutes ces mesures.

 

La situation privilégiée d’Athènes se traduit notamment par le développement de son port, le Pirée, pour lequel on fait appel à l’architecte Hippodamos de Milet. Un emporion est aménagé, des magasins, des docks, une Halle aux blés. Marchands, changeurs, agents commerciaux, marins, dockers constituent la population grandissante du port.

Athènes, cependant, vend trop peu pour compenser l’achat de matières premières, auquel elle est contrainte. Il faut donc bien trouver quelque part l’argent de son développement : et c’est l’empire qui le lui permet.

 

Périclès distribuant des couronnes aux artistes
par Jean-Baptiste Debay, marbre, 1833 (Jardin des Tuileries)

ATHENES, « ECOLE DE LA GRECE »

 

Athènes est, à cette époque, « l’école de la Grèce », et dans plusieurs domaines.

Dans le domaine de la pensée spéculative, Athènes devient le lieu où se forment les écoles de pensée, le lieu où – chez Aspasie, la concubine de Périclès, notamment – se réunit la fine fleur de la pensée : Anaxagore, Zénon d’Elée, Protagoras. Cela, certes, concerne finalement peu d’Athéniens, et en inquiète même beaucoup, comme le montrent la mauvaise réputation d’Aspasie mais aussi les procès pour impiété intentés contre Phidias, Anaxagore, et plus tard Protagoras.

Dans le domaine religieux, surtout, Athènes s’affirme comme le centre du monde grec. C’est là qu’ont lieu les grands concours théâtraux, à l’occasion des fêtes de Dionysos. Là que se déroulent les processions et les jeux. Les Panathénées, que l’on voit représentées sur la frise du Parthénon due au sculpteur Phidias, ami personnel de Périclès ; les fêtes de Déméter Eleusinienne, au cours desquelles les futurs initiés se rendent d’Athènes à Eleusis ; les nombreuses célébrations en l’honneur de Dionysos : les Dionysies rustiques dans les dèmes, les Lénéennes (qui ont lieu en gamélion, c’est-à-dire en janvier-février), les Anthestéries (en mars), les Grandes Dionysies (du 10 au 15 élaphébolion, en mars-avril) au cours desquelles ont lieu une procession, des sacrifices, des banquets et les concours de tragédie et de comédie qui se déroulent les trois derniers jours, et pendant lesquelles les alliés viennent payer leur tribut.

Les grands travaux réunissent aussi à Athènes les plus grands artistes du temps, autour de la figure de Phidias : les architectes Callicratès, Ictinos, Mnésiclès, Coroïbos, les sculpteurs Paionos, Alcamène, Agoracritos, Crésilas, les peintres Polygnotos et Colôles.

 

DE L’IMPERIALISME A LA GUERRE

 

C’est dans ce contexte que se dessine, de plus en plus inéluctablement, la guerre qui va bouleverser le monde grec à partir de la fin du « gouvernement » de Périclès.

Deux colonies corinthiennes – Corinthe fait partie de la Ligue du Péloponnèse, qui regroupe des cités n’ayant pas intégré la Ligue de Délos, celle des « Athéniens et leurs alliés » -, Corcyre et Potidée, mettent le feu aux poudres.

Corcyre est en conflit avec Corinthe pour la possession d’Epidamne, et fait appel aux Athéniens. Quant à Potidée, colonie corinthienne mais tributaire de l’alliance athénienne, Athènes exige d’elle qu’elle rompe les liens avec Corinthe.

Corinthe fait alors appel à Sparte. Le roi, Archidamos, est hésitant, mais l’éphore Sthénélaidas emporte la décision en faveur de la guerre.

Une première ambassade à Athènes réclame la punition du sacrilège fait à la déesse par Mégaclès pendant la conspiration de Cylon : c’est une vieille histoire que les Lacédémoniens veulent réactivent parce que le crime de Mégaclès avait porté la condamnation sur tout le genos des Alcméonides, auquel appartient Périclès. Mais cette première ambassade n’aura pas de suite.

Une seconde ordonne que soit levé le siège de Potidée et rendue à Egine son indépendance, mais aussi que soit abrogé le décret contre Mégare, cité à laquelle Athènes a interdit l’accès aux marchés de l’Attique. Le but de cette seconde ambassade est d’obtenir des Athéniens qu’ils respectent l’indépendance des Grecs. En vain.

Périclès parle alors en faveur de la guerre, selon lui inévitable.

TLP, 5 octobre 2009 (20 h 45 - 21 h 45)

Lire aussi :

le compte rendu de Périclès, l’apogée d’Athènes par Pierre Brulé 

le compte rendu de la Vie de Périclès de Plutarque


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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 18:06

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par Claude Mossé

Chapitre 1 - La conquête de la démocratie : de Solon à Périclès

Chapitre 2 - Le "siècle" de Périclès

Chapitre 3 - La guerre du Péloponnèse

Chapitre 4 - Les lendemains de la guerre : révolution et restauration

Chapitre 5 - Athènes au temps de Philippe et d'Alexandre

Compte rendu établi par TLP

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 18:05

par Pierre Brulé

Le compte rendu détaillé du livre de Pierre Brulé se trouve au bout de ces chemins :

Chapitre I - La société athénienne

Chapitre II - Périclès, un aristocrate athénien du Vème siècle
(pas de compte rendu pour ce chapitre, qui traite de la personnalité de Périclès ; la Vie de Périclès de Plutarque vous en dira plus, ainsi que son compte rendu, que nous mettrons bientôt en ligne)

Chapitre III - La lente mise en place de la démocratie

Chapitre IV - Le "gouvernement" de Périclès (443 - 429)

Chapitre V - La guerre

Compte rendu établi par TLP.

Lire aussi :
le compte rendu de la Vie de Périclès de Plutarque
le compte rendu de Histoire d'une démocratie : Athènes, par Claude Mossé
le compte rendu de Lord Elgin, l'homme sui s'empara des marbres du Parthénon de William St. Clair


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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 18:04

Compte rendu du chapitre I de

Magna Grecia : Les colonies grecques dans l'Italie antique, de Pier Giovanni Guzzo,

par Thierry LE PEUT

 

Aux VIIIe – VIIe siècles avant J.-C., les Grecs fondent autour de la Méditerranée des colonies. Le mot grec qui désigne la colonie est apoikia, c’est-à-dire « habitation détachée » : au contraire des colons latins (colonie, colonia, vient du verbe colere, « habiter »), qui habitent une terre administrée par Rome, les colons grecs ne sont plus citoyens de leur cité mère ; ils sont régis par leurs propres lois, leurs propres institutions. Chaque expédition de colons est dirigée par un chef appelé oikistès.

 

Pourquoi les Grecs fondent-ils ces colonies ?

 

Deux raisons majeures sont avancées par les historiens :

 

1) le manque de terres à cultiver en Grèce pousse les jeunes gens sans patrimoine à tenter l’aventure outre-mer, et les cités elles-mêmes à organiser des expéditions pour préserver la paix intérieure : puisqu’il n’y a pas assez de terres pour toute la population, une part de celle-ci est envoyée ailleurs pour s’y installer ;

 

2) le développement économique et social général de la Grèce du VIIIe siècle explique une forte croissance des besoins en matières premières ; des fils de puissantes familles organisent donc des expéditions pour accéder à de nouvelles sources de matières premières, et cette aventure les mène vers l’Ouest, puisque l’Est a déjà été colonisé.

 

Avant le départ d’une expédition, son chef, l’oikistès, se rend à Delphes, qui devient le lieu de transition de tous les marins en partance.

 

Comment se déroule la « colonisation » ?

 

1) D’abord, l’oikistès prend la tête d’un corps d’élite pour explorer les territoires de l’Ouest.

 

2) Le choix d’un lieu où s’établir entraîne la division du territoire environnant en lots (klèroi) distribués aux colons. Ces lots seront cultivés, l’agriculture constituant la base de la subsistance des colons, sur laquelle s’établira la richesse des familles dominantes. Le territoire de la cité proprement dite est lui-même divisé en lots : on en détermine les parties publiques (les rues, l’agora) et privées, puis on distribue ces lots, dont la surface est calculée de manière à accueillir un noyau familial de plusieurs générations. L’urbanisme des colonies est ainsi plus élaboré que celui des cités mères, parce que les terres sur lesquelles s’établissent les colons n’ont jamais été occupées auparavant. (Aucune fondation n’est attestée sur un territoire déjà habité.)

 

3) Parallèlement à cet établissement, des accords formels sont conclu avec les autochtones (les habitants des environs), afin d’éviter les heurts et de garantir la stabilité et la prospérité de la cité.

 

4) Egalement, des lieux de culte sont rapidement fondés, qui établissent les frontières des terres agricoles (chora) et délimitent les périmètres (proschoros) de récolte du bois et de chasse. Le sanctuaire « de confins » est une zone franche d’échange entre les peuples.

 

Si l’agriculture constitue la base de la subsistance des colons, le commerce se développe également, par exemple en Italie du sud, riche en matières premières (produits agricoles et bois de construction), placée entre l’Orient et l’Ibérie. Les Grecs font ainsi du commerce avec les Etrusques.

 

Qu’apportent les Grecs ?

 

1) Le système d’écriture grec est transmis aux Etrusques et de là aux Romains.

 

2) Les Grecs introduisent la culture de la vigne et de l’olivier.

 

3) Ils organisent la répartition des terres à cultiver dans les campagnes, des lots pour l’habitation dans les villes, fortifient les centres urbains, structurent la vie politique et religieuse des communautés.

 

4) Ils établissent des liaisons maritimes régulières entre l’Italie et les ports de la Méditerranée.

 

Mais leur arrivée entraîne aussi des guerres contre les autochtones et même entre colons, l’asservissement des indigènes utilisés comme main d’œuvre, l’enlèvement de femmes indigènes pour assurer la perpétuation des colons.

 

Qu’appelle-t-on la Grande Grèce ?

 

La Grande Grèce, Magna Grecia (Graecia) en latin, Mégalè Hellas en grec, évoque l’idée d’étendue (d’expansion), de fertilité, l’importance du rôle des cités grecques dans les équilibres politiques en Méditerranée).

 

Le concept aurait été formulé par l’école philosophique de Pythagore, qui tenta de normaliser les divers types de régimes en vigueur dans les cités italiotes.

 

L’expression, toutefois, ne désigne pas tous les Grecs d’Italie du sud ; elle s’applique aux colons établis sur la côté, de Cumes jusqu’à Tarente. A l’intérieur des terres, il est impossible de fixer une ligne précise.

 

L’appartenance de la Sicile à la Grande Grèce est discutée car l’histoire et l’organisation des cités siciliotes ont des caractéristiques bien distinctes de celles de la péninsule, même si ces cités connaissent des interférences réciproques.

 

Anecdote : Thémistocle, le stratège grec, appela deux de ses filles Sybaris (le nom d’une colonie grecque) et Italia.

 

 

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 18:03

 

Chapitre I

LA SOCIETE ATHENIENNE

 

Hommes et femmes

 

Aux femmes l’espace intérieur (la maison), aux hommes l’espace extérieur (l’agora, le gymnase, le stade, l’Assemblée, la quasi-totalité de la cité, puis l’espace sauvage et la mer).

 

Le statut de la femme :

 

- ne participe pas aux assemblées

- ne participe pas à la vie politique

- mineure selon la loi, dépendant de son père, puis de son mari, puis de son fils (si le mari disparaît)

- n’hérite pas (mais conserve la dot donnée par son père lors du mariage, dot restituée par le mari en cas de séparation)

- ne peut disposer librement des fruits de son travail.

 

L’homme, au contraire, dispose de tous ces droits.

 

La femme est conçue comme un être imparfait, incomplet (un homme non achevé).

 

Libres et non-libres, citoyens et non-citoyens

 

Organisation sociale d’Athènes :

 

1) Les citoyens

 

- Homme libre né d’un père citoyen et d’une mère fille de citoyen unis par un mariage légitime.

- Il a le droit de posséder la terre, reçoit une éducation qui l’intègre à la communauté culturelle et cultuelle des citoyens.

- Il a le devoir de participer à l’effort de guerre.

- Il n’est pleinement citoyen que s’il a été accepté, au fil de sa vie, dans les « cercles de sociabilité » spécifiquement citoyens (phratrie, genos, dème).

 

Ils sont organisés en quatre classes censitaires en fonction de leurs revenus :

 

- les pentacosiomédimnes (revenu estimé à plus de 500 médimnes * de blé) : ils fournissent seuls les candidats aux plus hautes magistratures ;

- les cavaliers (plus de 300 médimnes) : ils ont de quoi subvenir aux besoins d’un cheval, avec lequel ils servent dans l’armée ;

- les zeugites (plus de 200 médimnes) : ils ont de quoi acheter la panoplie du guerrier, ils servent dans l’infanterie lourde des hoplites (de hoplon, bouclier) ;

- les thètes (moins de 200 médimnes) : ne possédant en général pas de terre, salariés, ils servent dans l’infanterie légère et surtout dans la marine en qualité de matelots.

 

* médimne : unité de mesure ; en divisant le chiffre par deux (ou un peu moins), on obtient le nombre d’hectolitres correspondant. Ainsi 500 médimnes correspondent à environ 260 hectolitres de blé, 300 médimnes à 155, 200 médimnes à 105.

 

2) Les esclaves

 

- Sont un outil animé, sans personnalité juridique, sans autonomie.

- Appartiennent à leur maître, qui peut les vendre, les louer ou les donner.

- Effectuent des travaux divers : régisseur d’exploitation agricole, employé à la frappe des monnaies, mineur… L’esclave privé décharge son maître des tâches quotidiennes : il porte ses vêtements, son équipement, puise et sert le vin…

 

3) Les métèques

 

Ce sont des étrangers vivant à Athènes (metoikos / metoikos : « qui habite avec »). Libres mais non citoyens. Ils payent un impôt supplémentaire spécifique. N’ont aucun droit politique et n’ont pas accès à la propriété foncière ni aux sacerdoces ni aux « cercles de sociabilité » réservés aux citoyens.

Nombreux à Athènes où leur statut est mieux reconnu qu’ailleurs et parce que l’artisanat et le commerce y sont développés. Or, artisanat et commerce sont des fonctions mal considérées par les Athéniens.

 

Travail et loisir

 

L’activité productive la mieux reconnue est l’agriculture : le grand propriétaire foncier peut gérer lui-même son domaine ou confier cette tâche à un régisseur (en général un esclave). Le travail agricole est mieux considéré que l’artisanat et le commerce parce que l’ouvrier agricole « travaille de ses mains ».

 

L’artisan et le commerçant sont peu considérés. L’ouvrier-artisan est confiné dans son atelier, ce qui ne lui permet pas d’entretenir correctement son corps ni son esprit. De plus, il travaille pour un autre. Ces deux traits le rapprochent de l’esclave.

 

L’idéal, c’est l’oisiveté : elle permet aux citoyens de s’occuper des affaires de la cité (politiques, judiciaires, religieuses) mais aussi de l’entretien de leur corps (à la palestre, au gymnase, en participant aux jeux) et de leur esprit (agora, théâtre, banquets).

 

La « richesse », pour le Grec, est d’abord question de qualité : le riche est celui qui n’a pas besoin de travailler pour vivre et qui peut donc cultiver son corps et son esprit ; le pauvre est celui qui doit travailler pour vivre, ce qui le condamne à être moralement et intellectuellement inférieur. La vertu est associée à la richesse, l’absence de vertu à la pauvreté.

 

Les projets politiques : oligarchie et démocratie

 

oligarchie : pouvoir de quelques-uns

monarchie : pouvoir d’un seul

démocratie : pouvoir du peuple

aristocratie : pouvoir des meilleurs

 

dèmos : 1. la totalité du peuple citoyen – 2. la partie du peuple constituée des pauvres, des « gens du commun ».

 

Les oligarques et les démocrates s’opposent sur le nombre de citoyens et donc le nombre de gens autorisés à participer à la vie politique : les oligarques réservent ce droit à la part de la population qui possède une richesse foncière minimum, les démocrates veulent l’étendre aux plus pauvres. En outre, le rapport aux esclaves et aux métèques varie d’une conception à l’autre. Les oligarques reprochent aux démocrates d’être trop permissifs, trop tolérants.

TLP

Retour au sommaire du livre

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 18:03

par Pier Giovanni Guzzo

 

magna grecia

 

Compte rendu de ce livre par les liens suivants :

 

Chapitre I - Mégalè Hellas

 

Chapitre II - La fondation de la cité  

 

Chapitre III - Italiques et Italiotes

 

Chapitre IV - La Ligue italiote

 

Compte rendu rédigé par Thierry LE PEUT.

 

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 18:02

Voir aussi "La société athénienne"

Les textes suivants sont extraits de François Chatelet, Périclès et son siècle, Editions Complexe, 1990.

 

Le citoyen

 

Lorsque Périclès assure, à partir de 461/460, après l'assassinat d'Éphialtès, la direction du parti démocratique qui est triomphant, le régime athénien a défini ses principes essentiels et les lois de son organisation sont fixées. Le souverain, c'est le peuple dans son ensemble, c'est-à-dire la totalité des citoyens, sans considération de naissance, de fortune ou de fonction. Est citoyen tout homme né de père athénien, qui a atteint l'âge légal de la majorité — dix-huit ans — et qui, ayant subi la vieille cérémonie religieuse d'introduction dans la phratrie, s'est fait inscrire sur le registre civique de son dème. Dès le moment où il acquiert la citoyenneté, l'individu possède deux droits fondamentaux : l'isonomie et l'isègoria. La première disposition lui confère l’habeas corpus : il ne peut être assujetti, même provisoirement; il a les mêmes droits que tous les autres citoyens et ces droits, il peut les défendre grâce à l’isègoria qui lui donne, dans toutes les circonstances, la possibilité de prendre la parole dans les assemblées politiques et judiciaires.

L'Athénien, d'une part, qui est seul maître, a lui-même pour maître la Loi, le Nomos.

Le Nomos possède un caractère sacré.

 

L’Ecclésia

 

Le peuple exerce son pouvoir par l'intermédiaire de l’Ecclésia, l'Assemblée à laquelle tous les citoyens régulièrement inscrits sur les registres des dèmes ont le droit d'assister et qui se réunit officiellement une fois par prytanie, c'est-à-dire dix fois par an. L'Ecclésia possède la puissance souveraine dans tous les domaines importants de la vie de la Cité. En fait, toutes les questions peuvent être mises à son ordre du jour, pourvu qu'elles soient affichées quatre jours avant les séances.

L’assemblée peut décider, par l'application de la loi sur l’ostracisme, instituée par Clisthènes, d'exiler un citoyen. Un citoyen peut, même après qu'une loi a été adoptée, ouvrir une procédure d'accusation en illégalité (la graphé paranomôn) qui peut entraîner, pour l'auteur de la proposition de loi reconnue « anticonstitutionnelle », la peine de mort.

Tout citoyen peut participer à L’Ecclésia, y prendre la parole et voter. La Pnyx, cependant, où se réunissait l'Assemblée depuis Clisthènes, ne rassemblait pas à chacune de ses séances les quelque 30.000 citoyens que comptait l'Attique à l'époque classique. Pour les délibérations importantes 3.000 à 6.000 personnes étaient présentes, semble-t-il; le bureau est composé par les 50 prytanes qui fournissent le président, assisté d'un héraut, et qui sont chargés d'assurer l'ordre et commandent à cet effet une équipe d'archers scythes. Les sacrifices étant accomplis, le héraut donne lecture de l'ordre du jour proposé par le Conseil de l'Assemblée, le président met aux voix cet ordre du jour; en général, le vote a lieu à mains levées ; si nulle contestation n'apparaît, on passe à la discussion de chacun des points ; les motions proposées sont lues par le héraut et à propos de chacune d'elles, chaque participant peut intervenir et faire les amendements et les contre-propositions qu'il juge utiles. Ayant gravi les degrés de la tribune, couronné de myrte, l'intervenant est sacré et a la possibilité de dire ce qui lui convient. Tous les discours ayant été entendus, on passe au vote. Le scrutin a lieu aussi à mains levées. Les prytanes proclament alors le décret (ou la loi), entérinant ainsi la décision et la déclarant légalement recevable.

 

La Boulé

 

L'Ecclésia, organisme souverain, cependant, bien que ses sessions aient été de plus en plus fréquentes, ne pouvait diriger constamment la politique athénienne. Il fallait, en outre, que son travail soit préparé et qu'il puisse statuer sur des projets déjà élaborés. Le rôle de médiation et l'organisation était assuré par le Conseil, la Boulé qui constituait, en fait et en droit, la magistrature suprême. Chacune des dix tribus est représentée par 50 bouleutes. A l'intérieur de chaque dème, on tire au sort les élus qui doivent avoir plus de trente ans. On ne peut être conseiller plus de deux fois et la Boulé est renouvelée chaque année. De la sorte, chaque citoyen qui le désire a les plus grandes chances au cours de sa vie active de participer. L'appartenance au Conseil confère des prérogatives personnelles : un traitement - fort modeste, au moins à l'époque classique, (correspondant à peine à celui d'un petit travailleur manuel) - est adjoint à la fonction; le bouleute, durant l'année de sa charge, est exempt d'obligations militaires et il reçoit des honneurs spéciaux dans la vie publique. Mais, en revanche, il est constamment occupé par sa magistrature et se trouve soumis à de multiples obligations. La Boulé siège tous les jours en séances ordinaires et publiques, sous la présidence du Conseil des Prytanes, et statue sur toutes les affaires importantes.

Afin d'assurer la continuité de son travail et de faciliter sa charge administrative, le Conseil, qui comprenait 500 membres, déléguait à son tour ses pouvoirs au collège des 50 Prytanes. Celui-ci remplissait en somme quotidiennement le rôle que la Boulé avait mensuellement par  rapport à l'Ecclésia : fixation de l'ordre du jour, organisation des délibérations, détermination des points importants, réceptions officielles, charge de « représentations ». L'Assemblée des Prytanes était le Comité directeur de la Boulé. Les 50 représentants de chacune des dix tribus le constituaient à tour de rôle pendant un mois et désignaient parmi eux, par tirage au sort, chaque jour, le Prytane épistate.

 

DK

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 17:55

THESEE REVENU DES ENFERS, par Hector Hugo

Nathan, collection "Histoires noires de la mythologie", 2008

 

Thésée revenu des enfersPrologue

Quatorze adolescents athéniens arrivent en Crète. Ils sont venus pour mourir. Ils repartiront pourtant, pour vivre. Ce sont les sept jeunes gens et les sept jeunes filles qu’Athènes envoie en Crète, au roi Minos, tous les neuf ans, pour payer un sanglant tribut. Ce sont les quatorze victimes que le roi Minos entend offrir au Minotaure, son fils, enfermé dans le Labyrinthe.

Parmi eux cependant se dresse Thésée, fils du roi d’Athènes, Egée. Thésée qui s’est offert à accompagner les malheureux enfants d’Athènes, et qui entend en finir avec ce tribut, en affrontant le Minotaure. Le secours providentiel d’une jeune fille amoureuse de sa beauté et de sa bravoure lui permet d’accomplir ce projet : Ariane, fille de Minos, lui remet une pelote de fil grâce à laquelle il retrouvera la sortie du Labyrinthe dont nul, jamais, n’est revenu.

 

***

 

Thésée revenu des Enfers s’ouvre sur cet épisode glorieux entre tous, celui qui offrit à Thésée l’immortalité dans la mémoire des hommes. Mais c’est aux années de la maturité que s’intéresse bientôt le court roman de Hector Hugo. Celles où Thésée, libéré des Enfers par Héraclès, revient à Athènes autour de laquelle il a fédéré jadis les bourgs de l’Attique. C’est un récit lucide et crépusculaire que livre Hector Hugo, en contant comment le héros de jadis, revenu parmi les siens, est acclamé puis combattu. Acclamé parce qu’il est le héros puissant qui vainquit le Minotaure et évita la guerre avec la Crète en refusant d’amener Ariane à Athènes. Acclamé en souvenir des exploits qu’il réalisa naguère, débarrassant l’Attique de redoutables bandits et d’assassins qui rendaient le pays peu sûr pour les voyageurs. Acclamé, aussi, parce qu’il offrit au peuple la démocratie : le droit d’exprimer son opinion, que l’on fût prince ou paysan, le droit de compter au rang des citoyens d’Athènes, quel que fût son rang par la naissance et par l’argent.

 

Mais Thésée est également combattu, et son retour ne suscite pas que joie et espoir. En son absence, la couronne royale qu’il déposa jadis a été coiffée à nouveau, par Ménesthée, l’un de ses compagnons d’hier dans le pays du roi Minos. Ménesthée n’entend pas renoncer à sa royauté, pas plus que Pallas, l’oncle de Thésée, qui naguère a combattu le héros et perdu la moitié de ses cinquante fils dans ce combat. Pallas s’oppose sans mystère à Thésée, Ménesthée se montre plus accueillant mais non moins déterminé : ayant réuni autour d’eux les princes, les puissants, mécontents d’avoir dû partager leur richesse et leur puissance avec les petites gens, ils s’opposent au projet ambitieux de Thésée. Celui-ci veut étendre à la Grèce entière son rêve de démocratie ; il veut que chaque cité se sente intégrée à un plus vaste ensemble où chacun aura parole égale ; il veut, ainsi, repousser les frontières de la guerre.

 

C’est l’histoire de ce combat qu’imagine Hector Hugo, s’immisçant dans les interstices des récits de Plutarque et des mythographes pour développer les derniers mois de la vie de Thésée. Celui-ci, revenu des Enfers avec des cheveux blanchis qui lui font dire que le temps désormais lui est compté, et qu’il faut agir vite, n’est pas le héros volontiers téméraire des jeunes années mais celui, plus lucide et plus sombre, de la maturité. Ayant compté d’abord sur le concours d’Héraclès qui l’a sauvé des Enfers, il apprend avec douleur la mort du grand héros, son cousin, et comprend qu’il devra composer avec les puissants qui le haïssent et le peuple qui craint la guerre et la mort. Un peuple prompt à acclamer, mais plus réservé dans l’action. Un peuple volontiers grisé par l’espoir que veut lui apporter Thésée, mais sensible aussi aux arguments de ses adversaires, qui l’accusent de cacher de sombres desseins derrière de vibrantes paroles.

 

Dans ce récit d’un homme habité par le désir de paix et de démocratie, mais qui prend conscience qu’il est sans doute en avance sur son temps, Hector Hugo fait intervenir les figures mythiques qui donnent âme et force à la vie de Thésée. C’est Médée, la Magicienne bannie, qui travaille dans l’ombre à perdre le héros que, jadis, elle voulut faire empoisonner par Egée lui-même, et qui la fit chasser d’Athènes. Ce sont Castor et Pollux, les jumeaux héroïques, venus reprendre leur sœur Hélène, enlevée par Thésée. Ici, Hector Hugo choisit de suivre la tradition la plus favorable à Thésée, celle qui prétend qu’il n’enleva Hélène qu’à la demande de son père Tyndare, pour la sauver des princes qui complotaient sa mort. La guerre des Tyndarides contre les Athéniens n’a donc pas lieu, et Hugo lui préfère la réconciliation, qui s’accorde avec le projet démocratique de Thésée, même si elle prend dans le récit la forme d’un retournement assez improbable. C’est, aussi, le pathétique Œdipe venu jusqu’à Colone avec sa fille Antigone, après avoir fui Thèbes où il se creva les yeux. Pour lui, Thésée accepte de renoncer à son projet : il quitte Athènes en échange de l’asile pour le roi déchu et sa fille.

 

Thésée revenu des Enfers est peuplé de portraits de femmes volontaires. Si Médée l’intrigante fait figure d’ombre maléfique, tapie derrière une tenture assassine, Antigone en revanche apparaît en quelques lignes comme un modèle de fierté et d’honneur, elle qui renonça à tout pour accompagner son père maudit sur les routes, et veiller sur lui. Ariane, aussi, figure fugitive du prologue, est une jeune fille déterminée, image de bravoure et de passion, et Hector Hugo entend laver Thésée de l’accusation de cruauté en expliquant qu’Ariane ne fut par lui abandonnée que pour éviter une guerre entre Athènes et la Crète. Surtout, c’est Aricie, fille de Pallas, qui se dresse in extremis comme le symbole de l’honneur d’Athènes en s’engageant à accueillir et protéger Œdipe et sa fille. Devant les rois et les princes mesquins, mus par leurs petits intérêts, elle s’avance et engage la cité tout entière, non seulement pour l’instant mais pour l’avenir.

 

***

 

Epilogue

Thésée n’a pas remporté son ultime combat. Son rêve de démocratie étendue à la Grèce entière devra attendre, car Athènes n’est pas encore prête. C’est sur l’île de Scyros que le récit conduit finalement le héros fatigué des luttes de pouvoir. Thésée cherche la paix et converse avec l’océan, devant son hôte le roi Lycomède. Mais celui-ci a été prévenu contre l’ancien roi d’Athènes par l’obscure Médée, qui a prétendu qu’il convoitait le petit trône de Scyros. Le récit s’achève alors sur l’impossible compréhension entre Thésée et Lycomède, et sur le sort funeste d’un héros qui accomplit de grands exploits et qui, au soir de sa vie, n’est plus que l’ombre courbée de ce qu’il fut naguère. Thésée épuisé songe avec philosophie à l’avenir d’Athènes et au monde des hommes, mais Lycomède abusé se méprend sur ses intentions et le pousse dans cet océan qu’il semble tant aimer.

 

La mort de Thésée, bien que narrée par une phrase poétique, conclut ainsi un roman que l’on prendrait à tort pour une œuvre uniquement destinée à la jeunesse. Certes publié à destination du jeune public par l’éditeur Nathan, Thésée revenu des Enfers est un récit adulte et grave qui emprunte le chemin des poètes antiques pour amener ses lecteurs au cœur d’une interrogation sur la démocratie et les sociétés. L’aventure de Thésée, éclairée par les exploits de sa jeunesse et visitée par les figures héroïques de la mythologie, est une aventure à hauteur d’homme, habitée par une réflexion lucide sur les enjeux et les formes du pouvoir. Une aventure vibrante et touchante qui prend volontiers des allures de poème à la gloire non seulement du héros, mais, plus encore, de l’espoir de justice et d’égalité qu’il représente.

Thierry LE PEUT

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 17:53


Ce texte est le compte rendu du chapitre 1 du livre de Claude Mossé Histoire d'une démocratie : Athènes,
chapitre intitulé "La conquête de la démocratie : de Solon à Périclès".

Table des matières
Chapitre 1 (deuxième partie)
Chapitre 2 : le "siècle" de Périclès

LES DEBUTS

 

Les Athéniens se disaient autochtones mais l’archéologie, la toponymie et certaines traditions mythiques attestent que l’Attique était déjà habitée avant l’arrivée des Grecs dans la péninsule balkanique. A l’époque mycénienne, il existait un « palais » sur l’Acropole, même si l’autorité de ses maîtres n’allait sans doute pas au-delà de la plaine du Céphise. L’Attique était alors constituée de petites principautés, souvent en lutte entre elles. L’unification de l’Attique aurait peut-être commencé avec la tetrakomia de Marathon (regroupement des villages d’Eleon, Harma, Mykalessos et Pharai, dont parle Strabon). Le processus historique évoque le synoecisme attribué à Thésée par la légende, mais qu’on ne sait dater.

Ce synoecisme se traduit par la création d’un conseil aristocratique sur l’Aréopage et l’élection de trois magistrats. Le pouvoir alors est aux mains des grandes familles aristocratiques, les genè, et leurs querelles dominent le paysage « politique » de l’époque. L’Athènes de la fin du VIIIème siècle est une polis mais les particularismes régionaux demeurent. Au début du VIIème siècle, la société athénienne est dominée par une aristocratie guerrière, maîtresse de la terre et du pouvoir politique, qui détient aussi les sacerdoces et tient les rênes de la justice et du droit. La population en est en quelque sorte la clientèle, associée au culte de l’ancêtre commun du génos par le biais des phratries, bien qu’on ne sache pas de quelle manière exactement la paysannerie est dépendante des familles aristocratiques.

Entre l’aristocratie et la paysannerie dépendante, il existe des paysans libres, assez riches pour acheter une « panoplie » et donc servir dans la phalange hoplitique, qui constitue la force militaire de la cité à partir du milieu du VIIème siècle.

Quant aux artisans, peu nombreux, ils sont sans doute liés eux aussi aux nobles, pour qui ils travaillent.

 

Le premier épisode connu de l’histoire d’Athènes est celui de Cylon. Jeune aristocrate, vainqueur à Olympie, ce Cylon s’empare de l’Acropole avec quelques amis et les renforts envoyés par son beau-père Théagène, le tyran de Mégare, vers 630. L’archonte Mégaclès appelle alors le peuple aux armes : l’Acropole est assiégée, Cylon et ses alliés sont mis à mort, ce qui fait de Mégaclès un sacrilège, pour avoir fait peu de cas du caractère sacré de l’Acropole. La honte de ce sacrilège retombe sur toute la descendance de Mégaclès, la famille des Alcméonides, à laquelle appartiendra Périclès.

Dans les premières années du VIIème siècle, le code de Dracon représente la première tentative de droit commun pour tous. L’établissement d’un tel droit commun à tous les habitants de l’Attique serait le moyen de mettre fin aux vendettas des familles aristocratiques et aux vengeances familiales qui caractérisent alors la vie politique de la région. Mais les lois de Dracon n’entament ni le monopole politique ni la domination sociale de l’aristocratie.

 

SOLON

 

Elu archonte en 594, Solon, un aristocrate, associe son nom à des réformes qui vont véritablement imposer un droit commun pour tous. A cette époque, l’Attique traverse une crise due à l’endettement grandissant des paysans et à la menace subséquente de réduction en esclavage qui pèse sur eux. Les paysans dépendants sont astreints au paiement du sixième, ce qui fait d’eux des hectémores ; mais il est difficile de savoir si la dette est le résultat du statut d’hectémore, ou l’inverse : est-ce parce qu’ils sont hectémores que les paysans s’endettent, ou est-ce parce qu’ils sont déjà endettés qu’ils deviennent hectémores ?

Dans ce contexte, Solon décide la seisachteia, c’est-à-dire la levée du fardeau. Il fait en outre revenir en Attique le plus grand nombre possible de paysans vendus comme esclaves. En revanche, il refuse le partage du sol de la patrie, réclamé par le dèmos. Ce sont les écrits de Solon lui-même qui témoignent de cette revendication populaire, sans que l’on sache d’où est venue une telle revendication.

Mais Solon impose aussi des lois qui, rendues publiques, constituent un véritable droit athénien commun pour tous. C’est à lui que l’on doit la création d’un conseil des Quatre Cents, qui coexiste avec le conseil de l’Aréopage. A lui aussi qu’on attribue la création des quatre classes censitaires que sont les pentacosiomédimnes, les hippeis, les zeugites et les thètes. Les deux premières sont les seules, concrètement, à pouvoir accéder aux magistratures élues. Les zeugites sont les paysans de condition moyenne et les thètes les paysans pauvres ainsi que les artisans.

Solon accomplit également une réforme des poids et mesures, en faisant passer la mine à cent drachmes, au lieu de 73 ou 70 auparavant. Athènes n’émet pas encore sa propre monnaie, même si des monnaies circulent déjà. Si sa réforme eut pour but d’aligner les mesures athéniennes sur d’autres mesures déjà utilisées en Méditerranée, par exemple celles des cités achéennes d’Italie du sud, cela atteste l’existence à l’époque d’un système régulier d’échanges et de relations.

L’agriculture, enfin, connaît des modifications importantes à cette époque. Les cultures arbustives remplacent les cultures céréalières, ce qui suppose l’approvisionnement en grain étranger, et donc une monnaie d’échange pour payer ce grain. On peut penser aux vases de l’Attique, mais leur exportation ne se développera vraiment que dans le deuxième quart du VIème siècle. L’huile est alors, peut-être, la monnaie d’échange utilisée.

 

LA TYRANNIE DE PISISTRATE ET DE SES FILS

 

Le départ de Solon est suivi de deux années d’anarchie, c’est-à-dire deux années durant lesquelles il n’y eut pas d’archonte élu. Les luttes de factions entre genè reprennent alors de plus belle et une agitation paysanne se développe.

Vers 561, deux hommes occupent le devant de la scène politique. Le premier, Lycurgue, appartient à la famille des Etéoboutades et son « camp » est désigné sous le nom de Pédiens (les gens de la plaine). Le second, Mégaclès, un Alcméonide, est gendre du tyran de Sicyone, Clisthène ; son « camp » est celui des Paraliens (les gens de la côte). Cette opposition géographique est le signe, en fait, des luttes d’influence entre familles aristocratiques.

Mais un troisième homme se manifeste alors : originaire de Brauron, il rassemble autour de lui les Diacriens, gens de la Diacrie, c’est-à-dire du nord-est de l’Attique ; en fait, ses partisans sont surtout les mécontents, qui ne se reconnaissent pas dans les deux autres clans. Il a pour nom Pisistrate.

Lorsque Pisistrate occupe l’Acropole avec le soutien du dèmos, les deux autres clans se liguent pour le forcer à l’exil. Mais Mégaclès le fait revenir plus tard (au bout de onze ans, selon Aristote) et lui donne sa fille en mariage. Pisistrate pourtant rompra avec Mégacès, dont il renverra la fille, et tombera sous le coup d’un nouvel exil, plus court, au terme duquel il reviendra de nouveau à la tête d’une armée pour prendre Athènes et exiler à son tour ses adversaires.

Le « gouvernement » de Pisistrate n’est pas révolutionnaire. La tradition prétend qu’il a gouverné dans le respect des lois existantes. Mais son action est importante car le développement d’Athènes annonce alors ce que deviendra la cité au siècle suivant :

- il prend des mesures en faveur des paysans, sans toutefois procéder au partage des terres déjà refusé par Solon ; il apporte en fait une aide matérielle aux plus pauvres, financée notamment par le prélèvement d’une dîme sur les récoltes ; Périclès, plus tard, poursuivra cette œuvre mais en prenant l’argent sur le trésor commun des alliés, non sur sa fortune personnelle ;

- il encourage l’expansion vers l’Egée et les Détroits, en soutenant la tyrannie de Lygdamis à Naxos, s’emparant de Sigée sur l’Hellespont, encourageant la fondation d’une colonie en Chersonèse de Thrace par Miltiade, ouvrant l’accès aux blés de Russie méridionale ;

- il développe la céramique athénienne ;

- il fait frapper les premières « chouettes » à l’effigie d’Athéna ;

- il développe les cultes d’Athéna, de Dionysos et des deux déesses d’Eleusis (Déméter et Perséphone).

C’est à l’époque de Pisistrate, aussi, que sont réalisées les premières grandes constructions sur l’Acropole, ainsi que des travaux d’adduction d’eau, et que l’on voit l’apparition des premières grandes œuvres de la sculpture attique, auxquelles reste associé le nom d’Anténor.

 

La mort de Pisistrate en 528/527 place le pouvoir entre les mains de ses deux fils Hippias et Hipparque, qui s’entourent d’une sorte de « cour » constituée de poètes, d’écrivains, d’artistes. L’histoire des tyrannicides est demeurée célèbre : Hipparque aime le bel Harmodios qui le repousse ; le fils de Pisistrate humilie alors la sœur d’Harmodios, qui avec son amant Aristogiton tue le tyran. Si cet acte sera plus tard l’objet d’un culte et d’honneurs décernés aux tyrannicides, pour l’heure la tyrannie d’Hippias dure encore quatre ans.

Durant cette période, Clisthène, le chef des Alcméonides, essaie plusieurs fois de revenir d’exil, en vain. Il faudra pour qu’il revienne enfin le renversement du tyran non de l’intérieur mais par l’intervention du roi de Sparte, Cléomène, appelé par les aristocrates athéniens.

Lire la suite

Les tyrannoctones (ou tyrannicides) Harmodios et Aristogiton, d'après Anténor

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 17:52

masque


Ce texte est un compte rendu de Le théâtre antique d'Olivier Got, chapitre I : "Un théâtre religieux".

 


Le théâtre grec trouve son origine dans le culte de Dionysos.

 

Ce culte prenait en Grèce la forme de nombreuses fêtes :

 

- les Lénéennes étaient célébrées le 12 Gamélion (janvier) dans le lenaion (de lénos, le pressoir) : c’est là qu’avaient lieu les concours de dramaturgie avant qu’on ne construise un théâtre ;

 

- les Anthestéries avaient lieu du 11 au 13 Anthestérion (fin février) et duraient trois jours :

- jour 1 : ouverture des jarres (de vin) et « conges », du nom des cruches utilisées pour les concours de beuverie l’après-midi de ce premier jour ;

- jour 2 : la statue du dieu, accompagnée de musiciens et d’animaux, traverse la ville jusqu’au limnaion (sanctuaire des marais), au sud de l’Acropole, où sont célébrés les rites de l’union du dieu avec la basilinna (Reine), puis l’après-midi un héraut invite toute la ville à boire ;

- jour 3 : jour des chytroi, les marmites, dans lesquelles on prépare des libations d’eau et des bouillies pour apaiser les âmes des morts (les Kères) ;

 

- les Dionysies des champs avaient lieu au mois de Poseidéon (décembre-janvier) mais aussi sans doute durant toute l’année : un phallus gigantesque était promené en procession avec accompagnement de chants ; le phallus symbolisait la fertilité des jardins et des champs et la fécondité des foyers mais préfigurait aussi, sans doute, la statue du dieu ;

 

- les Grandes Dionysies (ou Dionysies de la ville) avaient lieu du 10 au 15 Elaphébolion (mars-avril), en présence de nombreux étrangers :

- le 11 et le 12 se déroulait le concours du dithyrambe (hymne à Dionysos),

- le 12 au soir avait lieu le kômos, la procession du phallus (le kômos sera la source de la comédie),

- les 13, 14 et 15 se déroulaient les concours dramatiques institués par Pisistrate en 534.

 

La tragédie est née du dithyrambe :

 

Dès le VIIème siècle, les Bacchantes et les Bacchants entonnent en l’honneur de Dionysos un chant appelé dithyrambe en dansant autour de l’autel du dieu (thymélé), traçant la forme d’un cercle qui deviendra l’ orchestra.

Parfois, un choreute (membre du choeur) se détache du groupe et monte sur une estrade où il improvise une monodie. Celle-ci est composée dans un mètre différent de celui du chœur. Ainsi naît l’hypocritès, « celui qui répond » au chœur, ou encore le protagoniste, le « premier acteur ».

Le poète Thespis créa la première représentation tragique en 534 à Athènes, et remporta le prix. C’est lui qui commença à mettre par écrit les improvisations du choreute.

Le dithyrambe continua d’exister en même temps que la tragédie ; il faisait partie des concours dramatiques annuels au Vème siècle.

 

Le théâtre est un des piliers du fonctionnement de la cité :

 

C’est un lieu et un moment de communion pour le peuple, comme l’assemblée des citoyens et les tribunaux populaires. Même les esclaves peuvent y participer.

Le théâtre que nous connaissons le mieux est celui de l’Athènes du Vème siècle mais on sait qu’il était pratiqué dans d’autres villes, comme Syracuse et les autres cités de Sicile, en Macédoine également. Au IVème siècle les concours dramatiques se répandent dans tout le monde hellénique (Epidaure, Delphes, les îles de Samos et Délos, etc).

 

Aux grandes Dionysies concouraient :

- trois poètes tragiques, avec chacun trois tragédies (trilogie) et un drame satyrique ;

- cinq poètes comiques, avec chacun une comédie.

 

Aux Lénéennes, il y avait :

- à partir de 440, cinq poètes comiques ;

- à partir de 432, trois poètes tragiques, avec deux pièces chacun.

 

Il nous reste :

- 7 tragédies d’Eschyle (qui en composa 72),

- 7 tragédies de Sophocle (qui en composa 130),

- 19 tragédies d’Euripide (qui en composa 88),

- 11 comédies d’Aristophane

- 1 comédie de Ménandre (plus des fragments d’une dizaine d’autres pièces).

 

Le drame satyrique – qui aurait été inventé par Pratinas de Phlionte vers 500 - était donné après une trilogie. Il mettait en scène un chœur composé de satyres, créatures mi-hommes mi-boucs faisant partie du cortège de Dionysos, et mêlait l’héroïsme de l’épopée à la bouffonnerie des satyres sous la conduite du dieu Silène. Il nous reste 68 vers de Les Pêcheurs au filet composé par Eschyle ainsi que 393 vers de Les Limiers de Sophocle et un drame complet d’Euripide, Le Cyclope.



L’organisation des concours :

 

Un candidat aux concours dramatiques doit se présenter à l’archonte éponyme pour « obtenir un chœur ». Il fournit ses chants et peut-être un canevas du drame à une commission présidée par l’archonte, qui « accorde un chœur » aux candidats retenus.

Le candidat doit ensuite recruter les douze, puis quinze, personnes de ce chœur en utilisant l’argent donné par un riche citoyen (le chorège).

C’est l’archonte éponyme, aidé de deux assistants, qui désigne les chorèges. La chorégie est une liturgie, c’est-à-dire un service public rendu par un particulier fortuné. Elle peut être exercée volontairement (elle vaut au chorège une grande popularité) mais peut aussi être refusée : dans ce cas, la personnalité désignée peut nommer un autre citoyen estimé plus fortuné qui peut accepter ou refuser à son tour, proposant alors un échange de fortunes (antidôsis) avec celui qui l’a nommé.

Une dépense minimale est fixée par la loi mais le chorège peut aller au-delà : de lui dépend donc la qualité des pièces représentées.

 

Les frais engagés comprenaient :

- le recrutement et le paiement du chœur et du joueur de flûte

- les dépenses de masques et de costumes

- le recrutement des figurants muets

- la réception organisée à la fin du concours

- le recrutement d’un chef de chœur professionnel à partir de la fin du Vème siècle.

 

Tous les concurrents étaient payés. Le vainqueur recevait une couronne de lierre mais aussi, sans doute, une somme d’argent. Un auteur de dithyrambes pouvait toucher de 6 à 10 mines, une mine valant mille drachmes, ce qui était une somme considérable.

 

Le poète était à la fois auteur, musicien (il composait la musique des chœurs), chorégraphe et metteur en scène. Il n’était pas rare que l’écriture se fasse à plusieurs ; on sait que les descendants d’Eschyle comme ceux de Sophocle et d’Euripide étaient parfois poètes eux aussi.

 

Les acteurs :

 

Il n’y en eut jamais plus de trois, sauf dans certains drames de Sophocle (jusqu’à quatre).

Thespis mit un acteur en face du chœur (le protagoniste).

Eschyle inventa le deuxième acteur (le deutéragoniste), ce qui permit le dialogue.

Sophocle inventa un troisième acteur (le tritagoniste) en 468, ce qui lui valut une victoire sur Eschyle.

 

Le nombre limité d’acteurs était une contrainte importante : comme le même acteur pouvait jouer plusieurs rôles (en changeant de costume et de masque), il fallait que les différents personnages qu’il jouait ne se trouvent jamais ensemble sur la scène.

 

Le poète n’avait pas le choix de ses acteurs. A l’origine, il jouait peut-être lui-même dans sa pièce. Puis un tirage au sort désignait le protagoniste, qui choisissait sans doute le deutéragoniste et le tritagoniste, qu’il payait peut-être lui-même. Au IVème siècle, un acteur désigné et faisant défaut était condamné à une amende.

 

Les poètes choisis se présentaient avec leur chorège, leurs acteurs, les choreutes et les musiciens à un « préconcours » (proagôn) un ou deux jours avant le concours. A partir du milieu du Vème siècle, cette présentation avait lieu dans l’Odéon, une salle construite à côté du théâtre par Périclès.

 

Le déroulement du concours :

 

Les Dionysies commençaient par des processions accompagnées de danses et de chants. « Des jeunes filles portaient des corbeilles chargées d’offrandes, les citoyens étaient vêtus de blanc, les métèques d’écarlate, les chorèges de robes somptueuses. » (Olivier GOT) L’une de ces processions était la phallophorie (on portait le phallus). Un taureau était sacrifié à l’entrée dans l’enceinte du théâtre.

 

Le concours dramatique commençait par le sacrifice d’un cochon de lait et des libations, pour purifier le théâtre. Puis des honneurs étaient accordés à des Athéniens et à des étrangers éminents. Ensuite venait le tirage au sort des dix juges du concours, puis le tirage au sort de l’ordre des représentations. Enfin une trompette sonnait le début de la représentation.

 

Durant trois jours, on représentait les trois tragédies. Le quatrième jour était consacré aux comédies.

 

A la fin du concours, chaque juge inscrivait sur une tablette son ordre de préférence, l’archonte éponyme tirait au sort cinq tablettes et annonçait le nom du poète et du chorège vainqueurs. Ils étaient alors couronnés de lierre.

 

Après les concours, le public se réunissait dans le théâtre pour juger la gestion de l’archonte et de ses collaborateurs.

 

Les spectateurs :

 

Au premier rang étaient assis les personnalités religieuses et civiles, les bienfaiteurs de la cité, les fils de soldats morts au combat, les ambassadeurs des autres cités.

Des places étaient réservées pour les membres du conseil (la boulè) et les jeunes gens effectuant leur service militaire (éphèbes).

Les métèques et les étrangers pouvaient assister aux spectacles.

A la fin du Vème siècle ou au début du VIème, les femmes furent peut-être admises avec leurs époux, ainsi que les esclaves accompagnant leur maître.

Le public réagissait vivement aux pièces représentées, non seulement par des applaudissements et des cris mais aussi par des sifflets, des jets de cailloux, de figues, d’olives ou d’autres choses, obligeant parfois les acteurs à s’interrompre ou l’auteur à venir s’expliquer.


TLP

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