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Activités, travaux d'élèves, voyages, ressources pédagogiques... Un blog à destination des élèves et des enseignants.

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Lauréate 2008 - Marianne L. D. (4e)


 

En 71, le peuple de la Sicile se plaignit à Rome de leur propréteur, Verrès, qui pilla cet endroit tant et si bien qu’ils firent appel à leur ancien questeur, Cicéron, pour les défendre. Celui-ci était un grand amateur d’art et un avocat connu. Il partit donc pour Syracuse par un beau matin de printemps. A son arrivée dans la ville, il se rendit dans une de ses plus belles villas. C’était une magnifique résidence secondaire avec beaucoup de reproductions de grandes œuvres d’art. Elle comportait un immense jardin entouré d’un péristyle avec de nombreuses statues plus belles les unes que les autres.

 

Lorsque Cicéron entra dans sa demeure, un esclave vint lui annoncer la visite d’un de ses amis à Syracuse, Atticus, qui était un riche commerçant grec. Il y resterait quelques jours avant de repartir en Grèce. Cicéron, heureux, envoya un émissaire attendre son ami pour lui proposer de venir chez lui. Atticus arriva quelques minutes plus tard, rayonnant de joie, et raconta son voyage à Cicéron. Celui-ci emmena son compagnon dans son triclinium d’été où bientôt une grande conversation s’engagea.

 

Cicéron s’écria :

 

- Ah, mon cher ami ! Le peuple de la Sicile m’a mandé afin de défendre leur cause au sujet de Verrès, leur propréteur, car il n’y a pas un vase d’argent, pas une statue en bronze, pas un tableau que Verrès n’a volé. Ses amis disent que c’est un grand amateur d’art mais c’est un vrai brigand !

 

Tout en disant cela, il s’était mis à taper du poing sur son lit et il réclama le vin qu’il avait fait venir de Campanie pour se désaltérer, lui et son compagnon.

 

- Veux-tu que nous nous promenions dans mon jardin entouré d’œuvres d’art ? demanda à son ami l’illustre avocat.

 

- Volontiers, répondit le marchand grec.

 

Puis tous deux marchèrent en observant les magnifiques sculptures et Cicéron prit la parole.

 

- Regarde cette statue, elle est de Praxitèle. C’est une copie de la Vénus de Cnide. Cet artiste s’est servi de Phryné de Therpie comme modèle. Il avait le don de pouvoir représenter la caresse du regard, la vénusté du visage…

 

- Et celle-ci, ajouta Atticus en pointant du doigt une statue représentant un homme debout, c’est de Polyclère je crois. Cette statue est le Doryphore.

 

- J’aime beaucoup ce cratère qui représente Héraclès et Antée, du peintre Euphronios. Je le trouve très à mon goût, murmura Cicéron.

 

Pendant ce temps, Atticus s’était arrêté devant une gigantesque statue de 2,38 mètres de haut en marbre de Paros représentant une allégorie de la Victoire. C’était une femme ailée qui annonçait sur le lieu du combat le succès remporté par le vainqueur. Elle était vêtue d’un chiton transparent et d’un himation que le vent plaquait sur son corps. Son bras droit était levé légèrement au-dessus de l’horizontale et son bras [gauche] ramené le long de son corps. Sa tête était tournée vers la gauche. La statue était installée sur une proue d’un navire hellénistique rapide à deux rangs de rames superposés en marbre gris de la carrière rhodienne de Lartos, elle-même installée sur un socle de six dalles de la même pierre. Devant cette splendide sculpture, Atticus resta bouche bée. Cicéron, ayant remarqué l’admiration de son ami pour cette statue, lui expliqua :

 

- Ah, cette statue ! C’est une copie de la Victoire de Samothrace créée par Pythocritos de Rhodes. Elle a dû être érigée à l’occasion de la victoire de Myonnisos ou de Sidé vers 190 contre la flotte d’Antiochos III de Syrie. On aurait pu la rapprocher d’une image monétaire frappée pour Démétrios Poliorcète au début du IIIème siècle. Mais sa main droite adresse un salut et ne tient pas de trompette pour annoncer la victoire.

 

- C’est un des morceaux de bravoure les plus inspirés de la sculpture grecque ! Sais-tu où elle se trouve ? s’enquit Atticus.

 

- Oui, elle est sur l’île de Samothrace sur une hauteur dominant le Sanctuaire des Grands Dieux ou Dieux Calibres au nord de la mer Egée, répondit Cicéron.

 

- Le Sanctuaire des Dieux Calibres, l’interrompit Atticus. Mais bien sûr ! J’y ai fait un pèlerinage il y a quelques années. J’ai même aperçu cette statue de loin dans une large niche ouverte vers le Nord et couverte. C’est l’un des principaux sanctuaires panhelléniques et il est très renommé pour son culte à mystères. Cette statue est tournée de quinze degrés vers la gauche de l’observateur de telle sorte que celui-ci peut saisir en pleine puissance l’effet créé par l’enjambée de la statue.

 

- Tu as raison. Heureusement, la statue est dans un lieu sacré car si les Romains l’avaient trouvée en conquérant la Grèce, ils l’auraient détruite et il n’en resterait rien ! C’est ce qu’ils ont fait pour de nombreuses œuvres d’art. Malheureusement, beaucoup d’entre elles ont disparu à cause de cela : les statues en bronze furent fondues et celles en marbre cassées voire même brûlées pour en faire de la chaux ! Mais quelque temps après, les Romains se sont intéressés aux œuvres d’art grecques. « La Grèce conquise a conquis son auguste vainqueur ! » s’exclama en riant Cicéron.

 

- J’espère que plus tard nous trouverons toutes ces œuvres dans de grands musées nationaux. Les musées seront de vraies écoles d’art pour les citoyens, dit en rêvant le commerçant grec. J’imagine la Victoire en haut d’un immense escalier au centre d’un musée qui sera connu du monde entier ! Que j’aime cette statue !

 

- Si tu le souhaites, je peux faire venir un peintre afin qu’il te la reproduise  sur une toile et tu la garderas pour la garder en mémoire, lui proposa l’avocat.

 

Atticus accepta et Cicéron envoya un esclave chercher le peintre le plus renommé de la ville. Celui-ci arriva une demi-heure plus tard et fit une reproduction si belle et si exacte qu’Atticus voulut l’accrocher sur son navire marchand afin que la Victoire lui porte chance.

 

Il resta encore quelques jours puis il fit ses adieux en larmes à son cher ami Cicéron qui lui promit de venir le voir dès que possible.

 

Marianne L. D.


Prolongez la découverte de Cicéron avec ce questionnaire (réalisé par Thierry Le Peut).

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