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Alexandrie, en 47 avant Jésus-Christ. Dans cette ville resplendissante sous le soleil d’Egypte, gordant une mer couleur de saphir, illuminant, depuis la haute tour de l’île de Pharos, le monde de son savoir, un citoyen romain se dirige vers le Musée. Il se nomme Jules César. Après avoir réglé les problèmes diplomatiques et remis la reine Cléopâtre sur le trône d’Egypte, il s’attarda dans la ville d’Alexandrie.
Venant du Palais, il se dirigea vers le Musée en traversant la longue voie Canopique. Il s’émerveillait devant cet entremêlement d’architectures grecques et égyptiennes. Il passa devant des temples, des agoras, des statues, des obélisques, des pyramidions, des sphinx, avant d’arriver au Musée. C’était un magnifique bâtiment d’architecture grecque, mais avec deux imposants obélisques de chaque côté de l’entrée. Il entra dans un espace magnifique, où des dizaines de maîtres et d’élèves circulaient, allaient, venaient, discutaient sous les rayons du soleil qui filtraient dans le plafond percé d’ouvertures recouvertes d’albâtre.
Deux hommes âgés se dirigèrent vers lui. L’un était grand, avec les cheveux grisonnants et un air sérieux et sévère, et portait une longue toge blanche immaculée. L’autre était petit, avec une toge également blanche, les cheveux gris très clairs et une barbe broussailleuse. Il avait un air érudit et le regard perçant. A leur passage, les gens les saluaient avec gentillesse.
Le premier homme lui parla :
- Salutation, noble Romain. Je me nomme Apollonios de Pergame. Je suis le grand prêtre des Muses.
- Salut à vous, citoyen de Rome, dit l’autre homme. Mon nom est Hermogène de Syracuse. Je suis le gérant de la bibliothèque.
- Kaire ! salua César en langue grecque. Je viens admirer les splendeurs de votre ville et m’imprégner de sa culture, et le Musée est très certainement le plus haut lieu de savoir de toute la cité.
- Fort bien. Suivez-nous, nous allons vous guider à la bibliothèque.
- Que Jupiter soit béni de m’accorder si grand honneur.
Les trois hommes, traversant le portique de la palestre, croisaient des philosophes qui marchaient avec leurs élèves en suivant leurs enseignements. Dans la palestre, des athlètes s’entraînaient à la lutte.
Tout comme les maîtres du savoir enseignant à leurs élèves, les deux Alexandrins vantaient les mérites du Musée et de la bibliothèque à César :
- Voyez, dit Apollonios de Pergame, ici, sur les architraves des colonnes, se trouvent les noms des savants et des lettrés qui enrichirent de leurs connaissances notre culture, avec leurs découvertes ou le nom de leurs œuvres.
En marchant le long du portique, César observait des noms illustres tels que Théocrite, auteur des Idylles, Apollonios de Rhodes, et son poème Les Argonautiques, ou des scientifiques comme Erathostène qui calcula la circonférence de la Terre, Aristarque de Samos qui annonça la configuration héliocentrique de l’univers et bien d’autres noms de célèbres savants qui enrichirent la cité de leur savoir.
Après avoir traversé le portique, ils entrèrent dans un long couloir, avec de nombreuses portes de salles de classe et de laboratoires. Enfin, ils pénétrèrent dans une immense salle, toute de marbre blanc, dans laquelle des centaines d’étagères gardaient leur savoir accessible à tous.
- Voici la célèbre Bibliothèque d’Alexandrie ! dit joyeusement Hermogène de Syracuse, le bibliothécaire. C’est ici qu’est conservé dans notre belle cité tout le savoir du monde connu.
Arpentant les rayons, il lui montra les différents volumes.
- Sur cette étagère sont accessibles tous les volumes de Callimaque, de Théocrite et d’Apollonios de Rhodes.
- Les Idylles de Théocrite sont sublimes, dit César, et combien de fois je fus ému à la lecture des Argonautiques.
- Ici, ces deux étagères sont entièrement dédiées aux épopées d’Homère.
- Je vois ici les Dialogues de Platon, remarqua César.
- En effet, et ici, voici les œuvres des tragiques grecs Eschyle, Sophocle et Euripide.
César fut ému à l’évocation de ces auteurs qu’il avait lus étant jeune. Mais il fut distrait par des jeunes gens qui travaillaient au fond de la pièce.
- Que font ces gens ? demanda César. Qu’écrivent-ils ?
- Ce sont des copistes. Tous les textes ne sont pas des originaux. Nous en louons et les copions.
- Ce doit être un travail fastidieux, remarqua César impressionné.
- En effet.
En parlant, ils avaient traversé toute la bibliothèque. Hermogène de Syracuse prit la parole.
- Nous allons vous laisser, nous devons régler certaines affaires. Tiens ! Apollonios est déjà parti. Si vous cherchez des documents, voici l’inventaire commencé par Callimaque sous Ptolémée Philadelphe. Tout y est répertorié.
- Je vous remercie, répondit César. J’espère vous revoir très bientôt. Que les dieux veillent sur vous. Cette bibliothèque est un prodige !
- Au revoir.
Après plusieurs heures à lire et étudier, César quitta le Musée et traversa la ville pour aller se recueillir sur le tombeau d’Alexandre le Grand, fondateur de la ville. C’était une pièce sombre, dans un temple près du Palais de Lochias. Les murs étaient décorés d’une mosaïque représentant la bataille d’Issos, où Alexandre mit en fuite le roi des Perses Darius. Au centre, sur une estrade de marbre surélevée de trois marches, se trouvait un tombeau sur lequel étaient représentées des scènes de chasses et la célèbre anecdote du lion et de Crateros.
César s’approcha du tombeau et parla au défunt conquérant.
- Toi qui conquis le monde et fondas cette ville, ton dessein s’accomplit. Alexandrie est devenue la lumière du Monde, sa tour lumineuse guide les marins comme elle guide le savoir. Moi qui t’admire plus que tout autre, je te fais la promesse de terminer ce que tu as commencé. Je créerai un monde uni, un seul peuple qui vivra en paix, dirigé par Rome et éduqué par Alexandrie. Ainsi sera jeté un pont entre le savoir passé et le savoir à venir.
Romain V.
Pour découvrir la guerre d'Alexandrie racontée par César (dans un récit considéré comme apocryphe) et prolonger la découverte d'Alexandrie :
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