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La conquête de la démocratie : de Solon à Périclès (2)


Ce texte est le compte rendu du chapitre 1 du livre de Claude Mossé Histoire d'une démocratie : Athènes,
chapitre intitulé "La conquête de la démocratie : de Solon à Périclès".

Table des matières
Chapitre 1 (première partie)
Chapitre 2 : le "siècle" de Périclès


LA « REVOLUTION » CLISTHENIENNE


Voir aussi "Les réformes de Clisthène"
 

Hérodote et Aristote rapportent de manière différente l’arrivée au pouvoir de Clisthène. Selon Hérodote, Clisthène se serait appuyé sur le dèmos pour reprendre l’autorité passée entre les mains d’Isagoras, fils de Teisandros et ami personnel de Cléomène, le roi de Sparte. Selon Aristote, le dèmos se serait soulevé et aurait assiégé l’Acropole après que celle-ci eut été occupée par Cléomène, appelé par Isagoras qui craignait l’appui populaire dont jouissait Clisthène. Ce serait le peuple qui, après la capitulation de Cléomène et d’Isagoras, aurait rappelé d’exil Clisthène.

Clisthène, en tout cas, s’appuya sur le dèmos urbain, qui n’était pas encore pris dans les réseaux de clientèle des grandes familles aristocratiques. Ses réformes, consistant en un remodelage de l’espace civique, ont ensuite pour but de saper l’autorité des genè. Clisthène intègre plus étroitement les différentes parties de l’Attique et achève en fait l’unité commencée par Pisistrate, créant ainsi les prémisses de la « cité-nation » qui sera, plus tard, capable d’affronter les guerres médiques. (Voir Périclès, l'apogée d'Athènes de Pierre Brulé.)

Clisthène conserve les anciens cadres religieux de l’Athènes archaïque ainsi que la répartition en quatre classes censitaires réalisée par Solon. Mais l’organisation politique et militaire de la cité a maintenant pour base les dix tribus.

La boulè des Cinq Cents a pour vocation de préparer les séances de l’Assemblée et de rédiger les décrets qui sont présentés à celle-ci ; après les réformes d’Ephialte, elle devient une haute cour de justice.

Ce que réalise Clisthène, toutefois, ce n’est pas encore la démocratie : ce sont les conditions de son existence qu’il crée.

Une autre réforme de la fin du VIème siècle ou du début du Vème va profondément transformer la vie politique athénienne : c’est la loi sur l’ostracisme. Aristote affirme qu’elle fut l’œuvre de Clisthène. Appliquée pour la première fois vers 488/487 à l’encontre d’un certain Hipparchos, elle frappe d’un exil temporaire, d’une durée de dix ans, tout magistrat soupçonné de vouloir installer la tyrannie. L’ostrakophoria, vote secret qui désigne la victime d’ostracisme, est décidée par un vote préalable, à mains levées.

Cette loi s’ajoute à d’autres évolutions pour empêcher l’exercice du pouvoir à des fins uniquement personnelles. C’est, à partir de 501/500, le serment imposé aux bouleutes à leur entrée en charge, et qui fait d’eux, véritablement, les gardiens de la constitution ; c’est aussi le collège de dix stratèges élus, un par tribu, qui sont autant de chefs militaires placés encore sous le commandement du polémarque. Parallèlement, l’archontat devient une charge plus honorifique, attribuée par tirage au sort à partir de 487/486 selon Aristote, et non plus par élection, et ouverte aux zeugites (la troisième classe censitaire).

 

LES GUERRES MEDIQUES

 

C’est dotée de ce nouveau fonctionnement que la cité athénienne va pouvoir faire face au danger perse.

Au milieu du VIème siècle, le roi de Perse Cyrus, né d’un père perse et d’une mère mède, vainqueur du roi de Lydie Crésus en 546, impose sa domination aux cités grecques d’Ionie ainsi qu’aux îles de Chios, Lesbos et Rhodes. Son successeur, Cambyse, s’empare de l’Egypte, puis Darius prend à son tour la Chersonèse de Thrace et les îles d’Imbros et de Lemnos. Il échoue toutefois à Naxos parce que son allié Aristagoras, le tyran de Milet, fait volte-face et demande l’aide de la Grèce, appelant à la révolte l’Ionie tout entière. Répondant à son appel, Athènes et Erétrie envoient vingt navires et remportent plusieurs succès, incendiant la ville de Sardes. Darius réagit en prenant Chypre puis Milet, qui est détruite et dont la population est réduite en esclavage en 494.

En 490, une flotte perse partie de Cilicie soumet les Cyclades, débarque en Eubée et prend Erétrie en sept jours, déportant sa population en Perse. Miltiade, le neveu de Miltiade l’Ancien et fils de Cimon Coalémos, chassé de Chersonèse par les Perses, demande l’aide de Sparte qui décide l’envoi d’un contingent dans la plaine de Marathon, où ont débarqué les Perses. Les Spartiates ne sont pas encore arrivés, cependant, lorsque les Athéniens et les Platéens engagent le combat. Les Grecs, commandés par Miltiade, repoussent l’armée perse.

Miltiade obtient alors de diriger une expédition pour reprendre Paros, mais, ayant échoué, il est condamné à une amende de cinquante talents. C’est Xanthippos, époux de la nièce de Clisthène, Agaristè, et père de Périclès, qui mène l’action contre Miltiade.

La mort de Darius amène Xerxès au pouvoir. Le nouveau roi entend bien prendre sa revanche sur les Grecs. En attendant, Thémistocle, citoyen riche mais qui n’appartient pas aux grandes familles aristocratiques, archonte en 483/482, fait voter la construction de cent navires grâce au bénéfice de l’exploitation de riches gisements argentifères découverts à Maroneia, au Laurion. A cette époque, les côtes de l’Attique sont ravagées par la flotte d’Egine. Mais le danger perse inquiète aussi Thémistocle et l’ensemble du monde grec, dont les délégués se réunissent à l’isthme de Corinthe pour préparer la défense commune, sous le commandement de Sparte.

C’est en effet par la mer qu’attaque Xerxès, mais pas seulement : la défection des Thessaliens lui ouvre les portes de la Grèce centrale par le nord. Aux Thermopyles, le roi de Sparte Léonidas, à la tête de six mille hommes dont trois cents hoplites, résiste vaillamment à l’armée ennemie avant d’être écrasé à la suite de la trahison d’un transfuge. Cette résistance, dont les Grecs se souviendront, permet à Thémistocle de faire évacuer Athènes, à l’exception de quelques vieillards restés sur l’Acropole, et de positionner la flotte grecque dans la rade de Salamine. C’est là que, le 22 septembre 480, les Grecs remportent la victoire contre la flotte perse. (Lire le récit de la bataille par Eschyle dans Les Perses.)


Léonidas aux Thermopyles par Jacques-Louis David, 1814, Musée du Louvre

Le général perse Mardonios commande encore une armée en Thessalie alors que Xerxès est rentré en Perse avec le reste de sa flotte. Il envahit la Béotie et l’Attique, forçant les Athéniens à abandonner de nouveau leur cité. Le régent de Sparte, Pausanias, envoie alors une armée en renfort et les Grecs remportent la victoire définitive à Platées, victoire qui sera commémorée par l’offrande d’un trépied au sanctuaire de Delphes.

Athènes veut profiter de la victoire pour reprendre pied sans attendre sur les côtes orientales de l’Egée. Xanthippos, ostracisé mais rappelé à la faveur de l’amnistie de 480, dirige l’expédition qui reprend Sestos en 478.

Cette année-là est créée la ligue de Délos, alliance militaire rassemblant les cités ioniennes autour du sanctuaire de Délos où sera déposé le trésor fédéral, alimenté par le tribut que versent les alliés ne participant pas directement à la défense commune. Le premier tribut est fixé par Aristide, l’ancien adversaire de Thémistocle, lui aussi exilé mais rappelé en 480, et qui est avec Thémistocle l’artisan de la première confédération athénienne. Celle-ci remporte plusieurs succès contre les Perses : notamment, en 470/469, la destruction d’une armée et d’une flotte perses à l’embouchure de l’Eurymédon, par le fils de Miltiade, Cimon. Ce dernier est lui aussi l’artisan de la reconquête de l’Egée, en assiégeant Naxos puis Thasos.

 

Quelle est la situation d’Athènes au lendemain des guerres médiques ?

En dépit des réformes de Clisthène, ce sont toujours les familles aristocratiques qui détiennent le pouvoir : tous les stratèges élus entre 508 et 462 en sont issus, à l’exception notable de Thémistocle. L’ostracisme est finalement un nouvel instrument dans cette lutte de factions.

Toutefois, les stratèges doivent désormais rendre compte de leur politique devant le dèmos. Les séances de l’ecclesia, très fréquentes – une puis quatre par prytanie, période de 36 ou 39 jours, soit dix puis quarante par an -, permettent de contrôler de très près leur action.

Le dèmos urbain pèse désormais dans la politique athénienne. Son poids est accru par le développement du Pirée, voulu par Thémistocle : Athènes et son port forment le noyau de la vie politique athénienne. Or, cette population n’est pas liée à l’aristocratie foncière, et ses votes permettent à des « hommes nouveaux », comme Thémistocle, d’accéder aux responsabilités. C’est peut-être le cas aussi d’Ephialte, qui privera l’Aréopage de la plus grande partie de ses prérogatives judiciaires au profit de la boulè des Cinq Cents et du tribunal de l’Héliée. Ephialte, dont l’assassinat dans des conditions mystérieuses ouvre bientôt la voie à Périclès à la tête du mouvement démocratique.

TLP

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