Activités, travaux d'élèves, voyages, ressources pédagogiques... Un blog à destination des élèves et des enseignants.
La mer était belle, à l’image de mon état d’esprit. Mon bateau ne tarda pas à aborder dans ma chère patrie, la Crète, berceau de mon enfance. Déjà, je voyais se profiler à l’horizon les fondations de Phaistos, ma ville natale. Je ne pouvais être envahi d’un plus grand bonheur, vainqueur dans l’épreuve de course à pied, à Olympie. Je tenais dans mes mains la couronne de branches de l’olivier sacré.
En entrant dans le port, je constatai qu’une foule immense s’était réunie là, m’acclamant de tout son cœur. Olympionique, quelle gloire pour ma cité ! Participer aux Jeux Olympiques demande de grandes qualités morales en plus de qualités physiques : force, agilité, courage, caractère, volonté de vaincre sont les vertus indispensables à la victoire. Je savais que pour mes compatriotes je symbolisais la force physique mais aussi la vertu morale, c’était pour moi le plus grand des honneurs. Pour preuve le droit qui m’était accordé d’ériger ma propre statue dans l’Altis, le bois sacré de Zeus à Olympie. Toute la gloire en rejaillirait sur moi-même, ma famille et ma cité puisque nos noms étaient gravés sur celle-ci et nous vouaient ainsi à l’immortalité. Je descendis du bateau, porté en triomphe par la foule des Crétois. Couvert de pétales de fleurs que lançait le peuple, je voyais leur visage rayonnant de bonheur et dans leurs yeux une fierté sans limite. Une grande réception avait été organisée pour fêter ce grand événement. Escorté de tous mes admirateurs, nous arrivâmes sur l’agora où avaient été dressées d’immenses tables couvertes de fleurs. Chacun voulait partager ma victoire et attendait que je fasse le récit de mon aventure.
C’est ainsi que je la leur contai :
« Chers amis, votre accueil m’honore et je vous en remercie de tout cœur. Je rends gloire à mes parents et à ma cité qui m’ont permis d’atteindre ce but en m’enseignant les nobles valeurs indispensables à un Olympionique. Après un mois passé à Elis, afin de parachever mon entraînement, je me suis joint au cortège des athlètes conduit par les Hellanodices, les prêtres et les notables en suivant la Voie Sacrée et nous nous sommes rendus à Olympie, tôt le matin.
Le premier jour fut consacré aux dieux et nous sacrifiâmes un sanglier devant la statue de Zeus Horkias au Bouleuterion. Là, nous jurâmes de suivre les règles des Jeux. Puis, nous procédâmes à l’inscription de nos noms afin d’établir les leucoma, la liste officielle des athlètes.
Le jour suivant, à l’aube, les Jeux débutèrent. Nous entrâmes dans le stade ; les Hellanodices, habillés de pourpre, tenaient le rameau de palmier du vainqueur. Mon émotion était à son comble mais je m’efforçais de rester concentré. La piste était rectangulaire et tous les coureurs prenaient le départ sur une même ligne. Une immense foule de spectateurs assis sur l’herbe nous acclamait. Nous avions une distance de six cents pieds à parcourir. Le héraut nous invita à prendre place sur la balbis. Nous glissâmes nos orteils dans les rainures creusées des dalles. J’étais encadré par un Athénien et un Corinthien. Le Corinthien était souple et léger, je sentais qu’il me donnerait du fil à retordre. J’avais vu l’Athénien s’entraîner, il était plus lourd mais aussi beaucoup plus puissant. Je priais les dieux de me donner les ailes de la victoire. Genoux fléchis, corps penché en avant, je m’élançai à pleine vitesse lorsque l’aphète donna enfin le signal. Je sentais la terre sableuse de la piste voler sous mes pieds. Je pris un peu d’avance sur mes concurrents. Les acclamations des spectateurs me portèrent jusqu’à la victoire. Je fus déclaré vainqueur par un Hellanodice.
Ce jour et le jour suivant, je suivis les épreuves : les courses de char et de chevaux sur l’hippodrome et le pentathlon. Le quatrième jour fut celui de l’hécatombe, cent bœufs ont été sacrifiés. Le cinquième jour, les vainqueurs, dont j’étais, se rendirent à l’autel de Zeus munis de leur rameau de palmier, le doyen des Hellanodices posa alors sur notre tête le kotinos, cette couronne d’olivier que je prisais tant. Je regardais avec fierté la statue de Zeus érigée devant moi. C’était une immense statue d’une dizaine de mètres toute d’or et d’ivoire. En chantant, nous nous rendîmes au Prytanée pour le banquet solennel.
Voilà, mes chers amis, le récit de ma victoire. Je suis comblé de bonheur et d’honneur pour ma cité ainsi que pour ma famille. Ma plus belle récompense sera d’avoir ma propre statue placée aux côtés des dieux ainsi que des plus grands athlètes. Aujourd’hui vous m’accueillez en héros et je suis fier ! Cette aventure m’a permis de comprendre l’importance de cette épreuve et de savoir que c’est par l’effort et la persévérance que l’on arrive au bout de ses vœux. Même si une fragile couronne d’olivier est éphémère, le plaisir de la victoire et la gloire restent éternels. »
Marine L.