Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 18:04

Compte rendu du chapitre I de

Magna Grecia : Les colonies grecques dans l'Italie antique, de Pier Giovanni Guzzo,

par Thierry LE PEUT

 

Aux VIIIe – VIIe siècles avant J.-C., les Grecs fondent autour de la Méditerranée des colonies. Le mot grec qui désigne la colonie est apoikia, c’est-à-dire « habitation détachée » : au contraire des colons latins (colonie, colonia, vient du verbe colere, « habiter »), qui habitent une terre administrée par Rome, les colons grecs ne sont plus citoyens de leur cité mère ; ils sont régis par leurs propres lois, leurs propres institutions. Chaque expédition de colons est dirigée par un chef appelé oikistès.

 

Pourquoi les Grecs fondent-ils ces colonies ?

 

Deux raisons majeures sont avancées par les historiens :

 

1) le manque de terres à cultiver en Grèce pousse les jeunes gens sans patrimoine à tenter l’aventure outre-mer, et les cités elles-mêmes à organiser des expéditions pour préserver la paix intérieure : puisqu’il n’y a pas assez de terres pour toute la population, une part de celle-ci est envoyée ailleurs pour s’y installer ;

 

2) le développement économique et social général de la Grèce du VIIIe siècle explique une forte croissance des besoins en matières premières ; des fils de puissantes familles organisent donc des expéditions pour accéder à de nouvelles sources de matières premières, et cette aventure les mène vers l’Ouest, puisque l’Est a déjà été colonisé.

 

Avant le départ d’une expédition, son chef, l’oikistès, se rend à Delphes, qui devient le lieu de transition de tous les marins en partance.

 

Comment se déroule la « colonisation » ?

 

1) D’abord, l’oikistès prend la tête d’un corps d’élite pour explorer les territoires de l’Ouest.

 

2) Le choix d’un lieu où s’établir entraîne la division du territoire environnant en lots (klèroi) distribués aux colons. Ces lots seront cultivés, l’agriculture constituant la base de la subsistance des colons, sur laquelle s’établira la richesse des familles dominantes. Le territoire de la cité proprement dite est lui-même divisé en lots : on en détermine les parties publiques (les rues, l’agora) et privées, puis on distribue ces lots, dont la surface est calculée de manière à accueillir un noyau familial de plusieurs générations. L’urbanisme des colonies est ainsi plus élaboré que celui des cités mères, parce que les terres sur lesquelles s’établissent les colons n’ont jamais été occupées auparavant. (Aucune fondation n’est attestée sur un territoire déjà habité.)

 

3) Parallèlement à cet établissement, des accords formels sont conclu avec les autochtones (les habitants des environs), afin d’éviter les heurts et de garantir la stabilité et la prospérité de la cité.

 

4) Egalement, des lieux de culte sont rapidement fondés, qui établissent les frontières des terres agricoles (chora) et délimitent les périmètres (proschoros) de récolte du bois et de chasse. Le sanctuaire « de confins » est une zone franche d’échange entre les peuples.

 

Si l’agriculture constitue la base de la subsistance des colons, le commerce se développe également, par exemple en Italie du sud, riche en matières premières (produits agricoles et bois de construction), placée entre l’Orient et l’Ibérie. Les Grecs font ainsi du commerce avec les Etrusques.

 

Qu’apportent les Grecs ?

 

1) Le système d’écriture grec est transmis aux Etrusques et de là aux Romains.

 

2) Les Grecs introduisent la culture de la vigne et de l’olivier.

 

3) Ils organisent la répartition des terres à cultiver dans les campagnes, des lots pour l’habitation dans les villes, fortifient les centres urbains, structurent la vie politique et religieuse des communautés.

 

4) Ils établissent des liaisons maritimes régulières entre l’Italie et les ports de la Méditerranée.

 

Mais leur arrivée entraîne aussi des guerres contre les autochtones et même entre colons, l’asservissement des indigènes utilisés comme main d’œuvre, l’enlèvement de femmes indigènes pour assurer la perpétuation des colons.

 

Qu’appelle-t-on la Grande Grèce ?

 

La Grande Grèce, Magna Grecia (Graecia) en latin, Mégalè Hellas en grec, évoque l’idée d’étendue (d’expansion), de fertilité, l’importance du rôle des cités grecques dans les équilibres politiques en Méditerranée).

 

Le concept aurait été formulé par l’école philosophique de Pythagore, qui tenta de normaliser les divers types de régimes en vigueur dans les cités italiotes.

 

L’expression, toutefois, ne désigne pas tous les Grecs d’Italie du sud ; elle s’applique aux colons établis sur la côté, de Cumes jusqu’à Tarente. A l’intérieur des terres, il est impossible de fixer une ligne précise.

 

L’appartenance de la Sicile à la Grande Grèce est discutée car l’histoire et l’organisation des cités siciliotes ont des caractéristiques bien distinctes de celles de la péninsule, même si ces cités connaissent des interférences réciproques.

 

Anecdote : Thémistocle, le stratège grec, appela deux de ses filles Sybaris (le nom d’une colonie grecque) et Italia.

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires