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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 17:52

masque


Ce texte est un compte rendu de Le théâtre antique d'Olivier Got, chapitre I : "Un théâtre religieux".

 


Le théâtre grec trouve son origine dans le culte de Dionysos.

 

Ce culte prenait en Grèce la forme de nombreuses fêtes :

 

- les Lénéennes étaient célébrées le 12 Gamélion (janvier) dans le lenaion (de lénos, le pressoir) : c’est là qu’avaient lieu les concours de dramaturgie avant qu’on ne construise un théâtre ;

 

- les Anthestéries avaient lieu du 11 au 13 Anthestérion (fin février) et duraient trois jours :

- jour 1 : ouverture des jarres (de vin) et « conges », du nom des cruches utilisées pour les concours de beuverie l’après-midi de ce premier jour ;

- jour 2 : la statue du dieu, accompagnée de musiciens et d’animaux, traverse la ville jusqu’au limnaion (sanctuaire des marais), au sud de l’Acropole, où sont célébrés les rites de l’union du dieu avec la basilinna (Reine), puis l’après-midi un héraut invite toute la ville à boire ;

- jour 3 : jour des chytroi, les marmites, dans lesquelles on prépare des libations d’eau et des bouillies pour apaiser les âmes des morts (les Kères) ;

 

- les Dionysies des champs avaient lieu au mois de Poseidéon (décembre-janvier) mais aussi sans doute durant toute l’année : un phallus gigantesque était promené en procession avec accompagnement de chants ; le phallus symbolisait la fertilité des jardins et des champs et la fécondité des foyers mais préfigurait aussi, sans doute, la statue du dieu ;

 

- les Grandes Dionysies (ou Dionysies de la ville) avaient lieu du 10 au 15 Elaphébolion (mars-avril), en présence de nombreux étrangers :

- le 11 et le 12 se déroulait le concours du dithyrambe (hymne à Dionysos),

- le 12 au soir avait lieu le kômos, la procession du phallus (le kômos sera la source de la comédie),

- les 13, 14 et 15 se déroulaient les concours dramatiques institués par Pisistrate en 534.

 

La tragédie est née du dithyrambe :

 

Dès le VIIème siècle, les Bacchantes et les Bacchants entonnent en l’honneur de Dionysos un chant appelé dithyrambe en dansant autour de l’autel du dieu (thymélé), traçant la forme d’un cercle qui deviendra l’ orchestra.

Parfois, un choreute (membre du choeur) se détache du groupe et monte sur une estrade où il improvise une monodie. Celle-ci est composée dans un mètre différent de celui du chœur. Ainsi naît l’hypocritès, « celui qui répond » au chœur, ou encore le protagoniste, le « premier acteur ».

Le poète Thespis créa la première représentation tragique en 534 à Athènes, et remporta le prix. C’est lui qui commença à mettre par écrit les improvisations du choreute.

Le dithyrambe continua d’exister en même temps que la tragédie ; il faisait partie des concours dramatiques annuels au Vème siècle.

 

Le théâtre est un des piliers du fonctionnement de la cité :

 

C’est un lieu et un moment de communion pour le peuple, comme l’assemblée des citoyens et les tribunaux populaires. Même les esclaves peuvent y participer.

Le théâtre que nous connaissons le mieux est celui de l’Athènes du Vème siècle mais on sait qu’il était pratiqué dans d’autres villes, comme Syracuse et les autres cités de Sicile, en Macédoine également. Au IVème siècle les concours dramatiques se répandent dans tout le monde hellénique (Epidaure, Delphes, les îles de Samos et Délos, etc).

 

Aux grandes Dionysies concouraient :

- trois poètes tragiques, avec chacun trois tragédies (trilogie) et un drame satyrique ;

- cinq poètes comiques, avec chacun une comédie.

 

Aux Lénéennes, il y avait :

- à partir de 440, cinq poètes comiques ;

- à partir de 432, trois poètes tragiques, avec deux pièces chacun.

 

Il nous reste :

- 7 tragédies d’Eschyle (qui en composa 72),

- 7 tragédies de Sophocle (qui en composa 130),

- 19 tragédies d’Euripide (qui en composa 88),

- 11 comédies d’Aristophane

- 1 comédie de Ménandre (plus des fragments d’une dizaine d’autres pièces).

 

Le drame satyrique – qui aurait été inventé par Pratinas de Phlionte vers 500 - était donné après une trilogie. Il mettait en scène un chœur composé de satyres, créatures mi-hommes mi-boucs faisant partie du cortège de Dionysos, et mêlait l’héroïsme de l’épopée à la bouffonnerie des satyres sous la conduite du dieu Silène. Il nous reste 68 vers de Les Pêcheurs au filet composé par Eschyle ainsi que 393 vers de Les Limiers de Sophocle et un drame complet d’Euripide, Le Cyclope.



L’organisation des concours :

 

Un candidat aux concours dramatiques doit se présenter à l’archonte éponyme pour « obtenir un chœur ». Il fournit ses chants et peut-être un canevas du drame à une commission présidée par l’archonte, qui « accorde un chœur » aux candidats retenus.

Le candidat doit ensuite recruter les douze, puis quinze, personnes de ce chœur en utilisant l’argent donné par un riche citoyen (le chorège).

C’est l’archonte éponyme, aidé de deux assistants, qui désigne les chorèges. La chorégie est une liturgie, c’est-à-dire un service public rendu par un particulier fortuné. Elle peut être exercée volontairement (elle vaut au chorège une grande popularité) mais peut aussi être refusée : dans ce cas, la personnalité désignée peut nommer un autre citoyen estimé plus fortuné qui peut accepter ou refuser à son tour, proposant alors un échange de fortunes (antidôsis) avec celui qui l’a nommé.

Une dépense minimale est fixée par la loi mais le chorège peut aller au-delà : de lui dépend donc la qualité des pièces représentées.

 

Les frais engagés comprenaient :

- le recrutement et le paiement du chœur et du joueur de flûte

- les dépenses de masques et de costumes

- le recrutement des figurants muets

- la réception organisée à la fin du concours

- le recrutement d’un chef de chœur professionnel à partir de la fin du Vème siècle.

 

Tous les concurrents étaient payés. Le vainqueur recevait une couronne de lierre mais aussi, sans doute, une somme d’argent. Un auteur de dithyrambes pouvait toucher de 6 à 10 mines, une mine valant mille drachmes, ce qui était une somme considérable.

 

Le poète était à la fois auteur, musicien (il composait la musique des chœurs), chorégraphe et metteur en scène. Il n’était pas rare que l’écriture se fasse à plusieurs ; on sait que les descendants d’Eschyle comme ceux de Sophocle et d’Euripide étaient parfois poètes eux aussi.

 

Les acteurs :

 

Il n’y en eut jamais plus de trois, sauf dans certains drames de Sophocle (jusqu’à quatre).

Thespis mit un acteur en face du chœur (le protagoniste).

Eschyle inventa le deuxième acteur (le deutéragoniste), ce qui permit le dialogue.

Sophocle inventa un troisième acteur (le tritagoniste) en 468, ce qui lui valut une victoire sur Eschyle.

 

Le nombre limité d’acteurs était une contrainte importante : comme le même acteur pouvait jouer plusieurs rôles (en changeant de costume et de masque), il fallait que les différents personnages qu’il jouait ne se trouvent jamais ensemble sur la scène.

 

Le poète n’avait pas le choix de ses acteurs. A l’origine, il jouait peut-être lui-même dans sa pièce. Puis un tirage au sort désignait le protagoniste, qui choisissait sans doute le deutéragoniste et le tritagoniste, qu’il payait peut-être lui-même. Au IVème siècle, un acteur désigné et faisant défaut était condamné à une amende.

 

Les poètes choisis se présentaient avec leur chorège, leurs acteurs, les choreutes et les musiciens à un « préconcours » (proagôn) un ou deux jours avant le concours. A partir du milieu du Vème siècle, cette présentation avait lieu dans l’Odéon, une salle construite à côté du théâtre par Périclès.

 

Le déroulement du concours :

 

Les Dionysies commençaient par des processions accompagnées de danses et de chants. « Des jeunes filles portaient des corbeilles chargées d’offrandes, les citoyens étaient vêtus de blanc, les métèques d’écarlate, les chorèges de robes somptueuses. » (Olivier GOT) L’une de ces processions était la phallophorie (on portait le phallus). Un taureau était sacrifié à l’entrée dans l’enceinte du théâtre.

 

Le concours dramatique commençait par le sacrifice d’un cochon de lait et des libations, pour purifier le théâtre. Puis des honneurs étaient accordés à des Athéniens et à des étrangers éminents. Ensuite venait le tirage au sort des dix juges du concours, puis le tirage au sort de l’ordre des représentations. Enfin une trompette sonnait le début de la représentation.

 

Durant trois jours, on représentait les trois tragédies. Le quatrième jour était consacré aux comédies.

 

A la fin du concours, chaque juge inscrivait sur une tablette son ordre de préférence, l’archonte éponyme tirait au sort cinq tablettes et annonçait le nom du poète et du chorège vainqueurs. Ils étaient alors couronnés de lierre.

 

Après les concours, le public se réunissait dans le théâtre pour juger la gestion de l’archonte et de ses collaborateurs.

 

Les spectateurs :

 

Au premier rang étaient assis les personnalités religieuses et civiles, les bienfaiteurs de la cité, les fils de soldats morts au combat, les ambassadeurs des autres cités.

Des places étaient réservées pour les membres du conseil (la boulè) et les jeunes gens effectuant leur service militaire (éphèbes).

Les métèques et les étrangers pouvaient assister aux spectacles.

A la fin du Vème siècle ou au début du VIème, les femmes furent peut-être admises avec leurs époux, ainsi que les esclaves accompagnant leur maître.

Le public réagissait vivement aux pièces représentées, non seulement par des applaudissements et des cris mais aussi par des sifflets, des jets de cailloux, de figues, d’olives ou d’autres choses, obligeant parfois les acteurs à s’interrompre ou l’auteur à venir s’expliquer.


TLP

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