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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 17:53


Ce texte est le compte rendu du chapitre 1 du livre de Claude Mossé Histoire d'une démocratie : Athènes,
chapitre intitulé "La conquête de la démocratie : de Solon à Périclès".

Table des matières
Chapitre 1 (deuxième partie)
Chapitre 2 : le "siècle" de Périclès

LES DEBUTS

 

Les Athéniens se disaient autochtones mais l’archéologie, la toponymie et certaines traditions mythiques attestent que l’Attique était déjà habitée avant l’arrivée des Grecs dans la péninsule balkanique. A l’époque mycénienne, il existait un « palais » sur l’Acropole, même si l’autorité de ses maîtres n’allait sans doute pas au-delà de la plaine du Céphise. L’Attique était alors constituée de petites principautés, souvent en lutte entre elles. L’unification de l’Attique aurait peut-être commencé avec la tetrakomia de Marathon (regroupement des villages d’Eleon, Harma, Mykalessos et Pharai, dont parle Strabon). Le processus historique évoque le synoecisme attribué à Thésée par la légende, mais qu’on ne sait dater.

Ce synoecisme se traduit par la création d’un conseil aristocratique sur l’Aréopage et l’élection de trois magistrats. Le pouvoir alors est aux mains des grandes familles aristocratiques, les genè, et leurs querelles dominent le paysage « politique » de l’époque. L’Athènes de la fin du VIIIème siècle est une polis mais les particularismes régionaux demeurent. Au début du VIIème siècle, la société athénienne est dominée par une aristocratie guerrière, maîtresse de la terre et du pouvoir politique, qui détient aussi les sacerdoces et tient les rênes de la justice et du droit. La population en est en quelque sorte la clientèle, associée au culte de l’ancêtre commun du génos par le biais des phratries, bien qu’on ne sache pas de quelle manière exactement la paysannerie est dépendante des familles aristocratiques.

Entre l’aristocratie et la paysannerie dépendante, il existe des paysans libres, assez riches pour acheter une « panoplie » et donc servir dans la phalange hoplitique, qui constitue la force militaire de la cité à partir du milieu du VIIème siècle.

Quant aux artisans, peu nombreux, ils sont sans doute liés eux aussi aux nobles, pour qui ils travaillent.

 

Le premier épisode connu de l’histoire d’Athènes est celui de Cylon. Jeune aristocrate, vainqueur à Olympie, ce Cylon s’empare de l’Acropole avec quelques amis et les renforts envoyés par son beau-père Théagène, le tyran de Mégare, vers 630. L’archonte Mégaclès appelle alors le peuple aux armes : l’Acropole est assiégée, Cylon et ses alliés sont mis à mort, ce qui fait de Mégaclès un sacrilège, pour avoir fait peu de cas du caractère sacré de l’Acropole. La honte de ce sacrilège retombe sur toute la descendance de Mégaclès, la famille des Alcméonides, à laquelle appartiendra Périclès.

Dans les premières années du VIIème siècle, le code de Dracon représente la première tentative de droit commun pour tous. L’établissement d’un tel droit commun à tous les habitants de l’Attique serait le moyen de mettre fin aux vendettas des familles aristocratiques et aux vengeances familiales qui caractérisent alors la vie politique de la région. Mais les lois de Dracon n’entament ni le monopole politique ni la domination sociale de l’aristocratie.

 

SOLON

 

Elu archonte en 594, Solon, un aristocrate, associe son nom à des réformes qui vont véritablement imposer un droit commun pour tous. A cette époque, l’Attique traverse une crise due à l’endettement grandissant des paysans et à la menace subséquente de réduction en esclavage qui pèse sur eux. Les paysans dépendants sont astreints au paiement du sixième, ce qui fait d’eux des hectémores ; mais il est difficile de savoir si la dette est le résultat du statut d’hectémore, ou l’inverse : est-ce parce qu’ils sont hectémores que les paysans s’endettent, ou est-ce parce qu’ils sont déjà endettés qu’ils deviennent hectémores ?

Dans ce contexte, Solon décide la seisachteia, c’est-à-dire la levée du fardeau. Il fait en outre revenir en Attique le plus grand nombre possible de paysans vendus comme esclaves. En revanche, il refuse le partage du sol de la patrie, réclamé par le dèmos. Ce sont les écrits de Solon lui-même qui témoignent de cette revendication populaire, sans que l’on sache d’où est venue une telle revendication.

Mais Solon impose aussi des lois qui, rendues publiques, constituent un véritable droit athénien commun pour tous. C’est à lui que l’on doit la création d’un conseil des Quatre Cents, qui coexiste avec le conseil de l’Aréopage. A lui aussi qu’on attribue la création des quatre classes censitaires que sont les pentacosiomédimnes, les hippeis, les zeugites et les thètes. Les deux premières sont les seules, concrètement, à pouvoir accéder aux magistratures élues. Les zeugites sont les paysans de condition moyenne et les thètes les paysans pauvres ainsi que les artisans.

Solon accomplit également une réforme des poids et mesures, en faisant passer la mine à cent drachmes, au lieu de 73 ou 70 auparavant. Athènes n’émet pas encore sa propre monnaie, même si des monnaies circulent déjà. Si sa réforme eut pour but d’aligner les mesures athéniennes sur d’autres mesures déjà utilisées en Méditerranée, par exemple celles des cités achéennes d’Italie du sud, cela atteste l’existence à l’époque d’un système régulier d’échanges et de relations.

L’agriculture, enfin, connaît des modifications importantes à cette époque. Les cultures arbustives remplacent les cultures céréalières, ce qui suppose l’approvisionnement en grain étranger, et donc une monnaie d’échange pour payer ce grain. On peut penser aux vases de l’Attique, mais leur exportation ne se développera vraiment que dans le deuxième quart du VIème siècle. L’huile est alors, peut-être, la monnaie d’échange utilisée.

 

LA TYRANNIE DE PISISTRATE ET DE SES FILS

 

Le départ de Solon est suivi de deux années d’anarchie, c’est-à-dire deux années durant lesquelles il n’y eut pas d’archonte élu. Les luttes de factions entre genè reprennent alors de plus belle et une agitation paysanne se développe.

Vers 561, deux hommes occupent le devant de la scène politique. Le premier, Lycurgue, appartient à la famille des Etéoboutades et son « camp » est désigné sous le nom de Pédiens (les gens de la plaine). Le second, Mégaclès, un Alcméonide, est gendre du tyran de Sicyone, Clisthène ; son « camp » est celui des Paraliens (les gens de la côte). Cette opposition géographique est le signe, en fait, des luttes d’influence entre familles aristocratiques.

Mais un troisième homme se manifeste alors : originaire de Brauron, il rassemble autour de lui les Diacriens, gens de la Diacrie, c’est-à-dire du nord-est de l’Attique ; en fait, ses partisans sont surtout les mécontents, qui ne se reconnaissent pas dans les deux autres clans. Il a pour nom Pisistrate.

Lorsque Pisistrate occupe l’Acropole avec le soutien du dèmos, les deux autres clans se liguent pour le forcer à l’exil. Mais Mégaclès le fait revenir plus tard (au bout de onze ans, selon Aristote) et lui donne sa fille en mariage. Pisistrate pourtant rompra avec Mégacès, dont il renverra la fille, et tombera sous le coup d’un nouvel exil, plus court, au terme duquel il reviendra de nouveau à la tête d’une armée pour prendre Athènes et exiler à son tour ses adversaires.

Le « gouvernement » de Pisistrate n’est pas révolutionnaire. La tradition prétend qu’il a gouverné dans le respect des lois existantes. Mais son action est importante car le développement d’Athènes annonce alors ce que deviendra la cité au siècle suivant :

- il prend des mesures en faveur des paysans, sans toutefois procéder au partage des terres déjà refusé par Solon ; il apporte en fait une aide matérielle aux plus pauvres, financée notamment par le prélèvement d’une dîme sur les récoltes ; Périclès, plus tard, poursuivra cette œuvre mais en prenant l’argent sur le trésor commun des alliés, non sur sa fortune personnelle ;

- il encourage l’expansion vers l’Egée et les Détroits, en soutenant la tyrannie de Lygdamis à Naxos, s’emparant de Sigée sur l’Hellespont, encourageant la fondation d’une colonie en Chersonèse de Thrace par Miltiade, ouvrant l’accès aux blés de Russie méridionale ;

- il développe la céramique athénienne ;

- il fait frapper les premières « chouettes » à l’effigie d’Athéna ;

- il développe les cultes d’Athéna, de Dionysos et des deux déesses d’Eleusis (Déméter et Perséphone).

C’est à l’époque de Pisistrate, aussi, que sont réalisées les premières grandes constructions sur l’Acropole, ainsi que des travaux d’adduction d’eau, et que l’on voit l’apparition des premières grandes œuvres de la sculpture attique, auxquelles reste associé le nom d’Anténor.

 

La mort de Pisistrate en 528/527 place le pouvoir entre les mains de ses deux fils Hippias et Hipparque, qui s’entourent d’une sorte de « cour » constituée de poètes, d’écrivains, d’artistes. L’histoire des tyrannicides est demeurée célèbre : Hipparque aime le bel Harmodios qui le repousse ; le fils de Pisistrate humilie alors la sœur d’Harmodios, qui avec son amant Aristogiton tue le tyran. Si cet acte sera plus tard l’objet d’un culte et d’honneurs décernés aux tyrannicides, pour l’heure la tyrannie d’Hippias dure encore quatre ans.

Durant cette période, Clisthène, le chef des Alcméonides, essaie plusieurs fois de revenir d’exil, en vain. Il faudra pour qu’il revienne enfin le renversement du tyran non de l’intérieur mais par l’intervention du roi de Sparte, Cléomène, appelé par les aristocrates athéniens.

Lire la suite

Les tyrannoctones (ou tyrannicides) Harmodios et Aristogiton, d'après Anténor

TLP

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